Comique 2D et drame 3D

Cette dichotomie entre surface et espace peut être représenté par la métaphore de la carte géographique. Une carte est une approximation visuelle, à plat, d’un espace volumétrique. Elle omet certes des détails, mais permet de s’y retrouver plus facilement et de comprendre en un clin d’œil les infos que la carte transmet. Il en va de même dans un dessin favorisant la surface. Sa lecture est rapide et permet un accès direct aux émotions qu’il transmet. Tandis qu’en regardant une image qui favorise l’espace, on va prendre le temps de s’y aventurer.

Ce n’est pas pour rien que les Comic strips tel que Garfield, Snoopy, Calvin et Hobbes, favorisent la surface et généralement peu d’espace. Ils doivent transmettre instantanément l’émotion à même de nous divertir et de nous faire rire. Contrairement aux comics américains de super héros où nous avons tout de suite plus de profondeur, plus de drame et d’action.

 

Quand la surface prédomine, l’image semble figée en un instantané qui nous invite à écouter. Généralement on reste fixe lorsqu’on ressent ou réfléchit à quelque chose, on ne va pas taper un sprint. L’espace 3D lui, invite au mouvement, donc à l’action.

C’est comme dans le film Le Monde de Némo des studios Pixar. Lorsque le père de Némo se lamente de la perte de son fils, on a un choix de cadre très plat, tandis que Doris arrive par le bord gauche du cadre pour lui remonter le moral de manière comique. Un choix de cadre qui contraste avec les autres plans beaucoup plus en profondeur, à même de porter la dynamique de leur recherche.

« C’est tout en surface », « c’est plus léger », « il y a moins de profondeur » Même nos expressions nous renseignent sur le lien entre la profondeur de champ dans une image et ce à quoi elle peut servir. Une image jouant de l’espace 3D aura plus de poids, d’importance. Alors qu’en jouant avec la surface 2D, ce sera plus léger, anecdotique et propre à la blagounette.

Comique ou drame ? Émotion ou action ? Surface ou Espace ? En voici quelques utilisations dans des peintures d’artiste.

 

Nicolae Grigorescu (1838-1907) – Andreescu à Barbizon (1880)


Une peinture où l’espace s’efface en faveur de la surface. Un personnage qui rappelle l’un de ceux dans le film « Moonrise Kingdom » qui au début du film présente l’environnement de l’île sur laquelle l’histoire se déroule. Il figurait dans des compositions plates, en plein centre, souvent très bas dans le cadre. Le décalage entre le ridicule de l’image et ses propos très sérieux et scientifiques créait le burlesque de l’image.

Je vous en avais déjà parlé dans la partie sur les principes ontologiques, je le refais ici. Regardez ce film, c’est du pain béni quand aux mises en pratique de ce principe de surface ainsi que sur le fait de centrer ses compositions.

Arthur Rackham (1867-1939) – Lord Randal (1919)

Dans cette illustration d’Arthur Rackham, nous avons plus d’espace à gauche de l’image. Qu’est-ce qu’il fait ? On analyse le mouvement et l’action du personnage. Alors qu’à droite, l’attitude de la femme est comprise en un instant, son regard suspicieux, son émotion mise en valeur par la dominance de la surface.

John Atkinson Grimshaw (1836-1893) – Il y a deux mille ans (1878)

Un autre exemple entre deux personnages, cette fois-ci pour porter d’autres intentions. Les compositions favorisant la surface picturale sont toujours très théâtrales.