Finalisations et feedback

Une fois que tout est en place, vous pouvez peaufiner les différents volumes, rajoutant progressivement les détails en appuyant plus sur le crayon ou en prenant un crayon plus gras. Il s’agit d’avancer plus lentement, à votre rythme, pour ne pas gâcher les étapes précédentes.

C’est là qu’un problème récurrent dans la finalisation d’un dessin va apparaître. Comment en cours de route, ne pas perdre la qualité de vos croquis ?

Je suis sûr que cela vous est déjà arrivé. Le coupable ? Votre cerveau, encore lui ! Un croquis étant souvent exécuté plus rapidement, à l’instinct, il arrive que de belles choses sortent d’elles même sans qu’on sache comment on a pu dessiner aussi bien.

En prenant le temps de finir l’image, voilà que le cerveau se remet en marche et comme d’habitude, il va tout atténuer ! On ajoute des ombres et des textures ? Voilà qu’on en met sur toute la surface de l’image, au lieu de garder du contraste. Du vide dans l’image ? Voilà qu’on ajoute trop de détails, perturbant la lecture de l’image. Et le plus vicieux pour finir car le moins visible pour nous : l’atténuation des inclinaisons, des courbes et de la perspective, afin de tout réunir sur un seul plan, plat, avec des angles droits ou parallèles. De quoi figer la vie que possédait notre dessin de base.

Des belles qualités présentent dans le croquis initial, différences, diagonales, contrastes, il ne reste plus grand chose et c’est ce qui fait que votre dessin final vous parait si mou. En voilà un exemple.

Le cerveau rigidifie tout ! D’où importance de bien indiquer ces lignes dans les dessins d’études et sur votre ébauche. Cela m’est déjà arrivé en cours de dessin d’avoir à redessiner un petit croquis à coté, afin de retrouver la dynamique que j’avais pu perdre. Donc si vous perdez le fil, n’hésitez pas à faire une pause en cours de votre dessin. Clarifiez à nouveau ce que vous avez à dire, puis redémarrez.

Généralement on ne voit pas ce qui manque à notre dessin. Dans ce cas-là, appliquez-vous un protocole pour vérifier les angles, la ligne de gravité de votre personnage (pour voir si elle tombe bien sur sa zone de support et qu’il est ainsi équilibré). Continuez ainsi en appliquant la vision sélective que vous avez appris dans le chapitre sur l’entrainement de l’œil. Vérifiez chaque partie du dessin, volumes, couleurs, lumières, etc., indépendamment des autres facteurs.

Une erreur qui pourra arriver dans vos premiers portraits, c’est de perdre l’emplacement, l’ancrage des éléments du visage. À trop détailler, voilà que la bouche a comme dégouliné du visage pour finir trop basse et sur le coté. On pourrait tout aussi bien avoir les yeux qui se retrouvent désaxés ou perdre l’inclinaison de la tête.

C’est d’autant plus gênant (mais moins visible) dans des portraits réalistes avec ombres et détails à profusion, où la structure est plus complexe que le simple œuf utilisé dans l’exemple ci-dessus.

Avec tout cela, gardez en tête qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Donc prenez bien le temps dans vos croquis de recherche de mettre au clair toutes vos intentions. Si vous n’avez qu’un seul croquis de départ, prenez le temps de l’observer avant de le finaliser. Il vous faut déceler toutes ses particularités, avant de vous autoriser à passer à la suite.

Parfois, la perte de la dynamique présente dans un croquis peut être très subtile. Un exemple ici avec la crinière du lion Lolor.

  1. Croquis de base
  2. Crinière figée par trop des répétitions dans les formes en triangle signifiant les mèches. On dirait davantage des formes découpées, qu’une barbe tombant sous l’effet de la gravité.
  3. Crinière qui tombe un peu trop et désordonnée avec trop de petites formes attirant le regard.
  4.  On retrouve ici une dynamique ressemblant davantage à celle du croquis. Bonne hauteur, différences dans la taille des mèches et plus d’arrondi pour bien rendre le coté baba-cool du personnage.

 

Comment savoir où s’arrêter ?

C’est une fausse question car si l’intention de base de votre image est là, vous saurez vous arrêter. Ce n’est pas l’ajout de détails qui fait le dessin fini, c’est le respect de l’intention initiale. Même à l’état de croquis votre dessin pourrait être considéré comme terminé.

Si vous ajoutez des détails à outrance, vous allez détourner le regard de l’histoire de votre image. Là est l’équilibre à rechercher, un équilibre propre à chaque image.

 

Pousser son travail au maximum

Vous pouvez allez bien plus loin que vous ne le pensez. Voilà pourquoi il est bon de pousser au maximum vos travaux, surtout si vous n’avez pas d’impératifs. Chercher la petite bête prend du temps, ce n’est pas possible en production et avec des clients. Alors que pourtant c’est en poussant les choses que l’on progresse le plus. Si vous n’êtes plus étudiants, gardez en tête de ne pas compter que sur le boulot pour vous améliorer mais aussi, voire surtout, sur vos travaux personnels. N’hésitez pas à reprendre un dessin où une partie d’un dessin afin de l’améliorer, de voir si une autre solution n’aurait pas été mieux, c’est comme cela que vous vous améliorerez. Acharnez-vous.

 

L’importance d’avoir des retours sur ses dessins.

Que ce soit de personnes venant de tout horizon, de tout âge et quelques soit leur niveau en dessin. Même si ces derniers ne trouveront pas forcément pourquoi votre image ne fonctionne pas, leur avis est des plus précieux. Après tout, vos images ne sont en général pas consacrées à des professionnels, elles doivent parler aux personnes ne dessinant pas.

Vous serez surpris de constater que parfois un lecteur peut comprendre l’inverse de ce que vous aviez voulu transmettre. Dans ces cas-là, cherchez à savoir pourquoi votre message n’a pas été clair.

De temps en temps, prenez un moment pour regarder vos anciens dessins. Avec votre œil d’aujourd’hui, vous allez remarquer des défauts que vous ne perceviez pas autrefois, et visualiser des alternatives dans les choix que vous auriez du prendre. De regarder dans l’ordre vos anciens dessins jusqu’à ceux d’aujourd’hui, vous permet de mieux comprendre pourquoi vous dessiner comme vous le faites aujourd’hui et de déceler ce qu’il vous reste à pratiquer.

N’oubliez pas, toute remarque que vous recevez ou donnez sur un dessin ne sont que des suggestions. Des possibles parmi d’autres qui pourraient, ou non, fonctionner dans une image. Le seul moyen de savoir :

Testez !