Dessiner Étape Par Étape

Lorsqu’on débute, on s’empresse à commencer son dessin sans trop réfléchir à ce que l’on voulait dire, et nous voilà à dessiner détails et ombrages alors que le reste de l’image n’est même pas ébauché. Avec cette méthode je suis sûr qu’il vous est déjà arrivé de ne plus pouvoir gommer une partie du dessin sans laisser de traces, ou de ne pas avoir de place sur la feuille pour terminer votre dessin. La solution : dessiner étape par étape.


L’intention première

Commençons ! On va dessiner le contour d’un visage, puis ajouter les deux yeux, et là l’oreille… Je suis sûr que vous avez déjà du voir ces fameux étape par étape, si représentatif de ce que le dessin n’est pas ? Cette conception du dessin nous prend pour des machines, comme si l’acte de dessiner consistait seulement à tracer des traits au poil de cul prêt. Ce n’est pas le cas.

L’intention ! C’est avant tout cela qu’est le dessin. Tout le reste est un outil pour permettre à votre intention de s’exprimer. Le déroulement interne de la réalisation d’un dessin est ce sur quoi vous devez porter votre attention pour progresser et réussir vos images. On l’a vu dans le chapitre sur “l’entrainement du cerveau”, on va le voir maintenant dans le processus de réalisation d’une image.

Donc avant de poser le crayon sur la feuille, que se passe t’il ?

Où pour traduire : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pour/quoi ?

Une technique très précise pour concevoir votre illustration. Chacune de ces questions peut être interprétées différemment, et utilisées dans de nombreuses situations.

Qui ?

Quels sont le ou les personnages principaux, ou bien le sujet principal de votre image ? (Cela pouvant être une simple couleur, un jeu de lumière, un contraste etc.)

Quoi ?

Que se passe-t-il dans l’image ? Avec quoi interagît votre sujet ? Quels accessoires sont nécessaires à l’action ? Telle couleur rentre t’elle en interaction avec une autre ?

Où ?

Dans sa cuisine ? En voiture, en route vers ? Emplacement dans le cadre de l’image ?

Quand ?

Quelle époque, moment de la journée, avant/après un évènement particulier ? Ou bien encore, à quel moment de la lecture de l’image cela doit-il être vu par votre lecteur ?

Comment ?

Quels sont les moyens utilisés par votre sujet pour accomplir ses buts ? Quelle est l’action du personnage ? Quelle technique, quel style de dessin ? Une composition équilibrée ou penchant d’un coté ? Reposant ? Dynamique ?

Combien ?

Combien est très important. Il pourrait se traduire par l’intensité de la scène. Suivant votre histoire vous n’êtes pas toujours obligé d’aller à fond les ballons. Il va vous falloir apprendre à jauger l’intensité nécessaire aux besoins de l’histoire. Que ce soit l’intensité dramatique, les émotions s’exprimant dans la gestuelle des personnages, ou même l’intensité des contrastes. Un exemple que je peux vous donner c’est l’intensité au cours des différentes scènes d’un film, il faut savoir se retenir d’y aller à fond pour garder l’intensité maximale pour les moments qui le demandent. Un cri ayant bien plus d’impact au coté de murmures, plutôt qu’au milieu d’une fanfare.

Pour/quoi ?

À double sens, le pourquoi de l’action renvoyant au passé de votre image, et le pour quoi, renvoyant à la finalité de votre image.

Que voulez-vous dire ? Comment le dire ? Voilà les questions qui doivent vous animer. Soyez tranchant dans le choix de vos propres idées. N’hésitez pas à supprimer une idée, une information, si elle en atténue une autre. Même si ce choix était sympa, gardez-le pour d’autres images, mais ne mettez pas tout dans une seule. Trop d’intentions, trop de différences, tue la différence. N’oubliez pas que votre lecteur n’a qu’un seul cerveau.

 

  Je parle d’intention, pas d’écrire un roman.

À chaque fois que je parle d’intention et d’histoire cela ne fait pas forcément référence à quelque chose d’énorme et de compliqué. Il peut s’agir simplement de la courbe d’une robe volant au vent, en contraste avec les contours anguleux du gars musclé qui la porte. (Non cela ne fait pas parti de mes hobbies). Ou encore, la tension dans le dos d’un gamin cherchant à tendre le bras vers la boite à cookie, posée en hauteur sur une étagère. (Là, oui).

Néanmoins de savoir où vous allez et de vous l’exprimer clairement, va vous permettre de le garder en tête, pour qu’à chaque décision à prendre, à chaque trait, vous ne déviez pas de votre intention initiale. Cela vous évitera de tomber dans les nombreux pièges qui se présentent à vous dans la réalisation d’une image. Comme celui de détailler à outrance une partie du dessin, pour montrer qu’on sait super bien dessiner, détournant ainsi le regard de ce qu’on avait réellement à dire avec cette image : les cookies !

Pour vous donner un exemple à quel point l’histoire d’une image peut être très succincte et pourtant ajouter à une illustration, en voici l’exemple avec des customisations de Zozor (mascotte du Site du Zéro) :

Zozor pompier

Zozor chimiste

Un simple ajout de flammes sur le brin d’herbe mâchouillé, ajoute une histoire, là où j’aurais seulement pu dessiner Zozor déguisé en pompier. Un ajout certes minimaliste, mais qui a son importance. De même avec Zozor chimiste où les traces sur sa figure ajoutent un passé à l’image. D’un état fixe, Zozor en tenue de chimiste, nous ajoutons du mouvement à l’image, une vie propre au personnage, avant qu’il se retrouve devant le lecteur.

(Vous avez d’autres exemples de customisation sur le forum du Site du Zéro, devenu OpenClassrooms.)

Parfois un simple jeu de regard est suffisant pour ajouter du mouvement à l’image. Cela peut suffire à éveiller l’intérêt du lecteur et à colorer le dessin d’une touche spécifique, évitant ainsi d’avoir un dessin générique et passe-partout. Spécifique et non générique, un principe fondamental.

Gardez aussi en tête que tout dépend du dessin que vous souhaitez faire. On ne se pose pas toutes ces questions pour de simples croquis d’entrainement qui sont là nous améliorer. Quoique… prendre l’habitude d’injecter un minimum d’intention dans vos dessins les améliorera grandement. Mais vous pouvez aussi pour le plaisir dessiner sans but en tête. Le hasard amène de belles choses, qui peuvent être repris pour des illustrations plus réfléchies, que l’on souhaite montrer aux autres ensuite. Car voilà le point principal sur l’utilité de se poser toutes ces questions avant de concevoir votre image. Communiquer vers les autres votre intention. Une intention qui s’exprime par les lignes, formes, espaces, proportions, contrastes, couleurs, etc. À partir de là, de nombreuses voies sont possibles, et à explorer avec vos études préliminaires.