Les styles stéréotypés

 

Très à la mode ces dernières années, nombreux sont ceux qui se dirigent vers le dessin de style manga, sans savoir qu’ainsi ils passent à coté de leur apprentissage du dessin. Il faut dire que les sites ou livres pour apprendre à dessiner « manga » n’ont pas arrangé la chose, puisqu’ils n’aident pas celui qui débute à mieux comprendre le dessin. Les méthodes proposées sont simplistes et inefficaces, mais elles plaisent car elles nous font croire qu’on arrivera aux mêmes résultats que les mangas qui nous ont fait rêver. Apprécier lire des mangas ne doit pas être confondu avec le fait d’apprendre à dessiner, ou alors tout les fans de Tintin devraient également dessiner de la même manière qu’Hergé ? Pas forcément !

En japonais, manga signifie simplement bande dessinée, parler alors de style manga (ou de style comics ou autre) ne peut faire référence qu’à un style stéréotypé puisque chaque artiste dessine différemment. Il suffit de regarder les dessins de divers mangas comme Vagabond de Takehiko Inoue, Dragon Head de Minetarō Mochizuki, l’oeuvre d’Osamu Tesuka, Gunnm de Yukito Kishiro, ou encore 20th century boy de Naoki Urasawa pour s’en apercevoir. Surtout en le comparant à ce qu’on nous propose dans les méthodes pour apprendre à dessiner manga, où c’est quasiment le même style à chaque fois, avec les mêmes visages encore et encore ! Cela revient plus à faire du copier-coller qu’à réellement dessiner. À tel point que je n’ai même pas réussi à en dessiner un seul qui soit suffisamment fade pour illustrer ces lignes, mes doigts se bloquaient avant ! Ce semblant de style tourne en rond sur les mêmes clichés, les mêmes personnages, les mêmes situations.

Quant au style comics stéréotypé, avec des nanas siliconées aux morphologies identiques (bonjour le respect des beautés féminines), déformées à outrance pour mettre en valeur leurs formes, le dos cassé en deux, le bassin étiré n’importe comment et les jambes qui flottent dans le vide. Sans compter qu’en rigidifiant leurs personnages en des poses de mannequin, cela dessert l’action que leurs histoires sont censées faire passer.

Je tiens à préciser que quelqu’un qui sait dessiner arrivera à insuffler de la vie dans ce genre de codes stéréotypés. Il obtiendra un résultat intéressant car il aura réellement compris ce qu’il utilise. Il n’y a pas de mal à utiliser les codes développés par d’autres. Encore faut-il avoir l’expérience pour le faire ! Avant ça il faut passer par du dessin d’observation et des dessins réalistes afin de forger son œil. Autrement, on ne copie qu’une couche infime et superficielle des dessins qu’on a pu apprécier.

Si votre but est d’apprendre à dessiner, ne perdez pas votre temps à « apprendre à dessiner manga ». Tout comme le recopiage, gardez cela pour vous faire plaisir de temps en temps. Pour progresser, la majorité de vos dessins doivent être de nombreuses études, dessins d’après nature et d’imagination.

 

Jouez des archétypes et non des stéréotypes


Attention, il faut distinguer stéréotype et archétype. Les stéréotypes, ce sont des recettes déjà élaborées par d’autres, les archétypes font références au symbole d’origine. Ce sont des personnages récurrents, que l’on reconnaît et qui incarnent un caractère sans que l’on ait besoin de les redéfinir à chaque fois, comme les masques de la commedia dell’arte. À chaque nouvelle histoire, chez Naoki Urasawa (dont les mangas sont de vrais chef d’œuvres), Osamu Tezuka, ou encore Jiro Taniguchi. ce sont toujours les mêmes visages qui reviennent. Ce procédé est utilisé pour que le visuel des personnages s’efface au profit du découpage et de la narration.

Néanmoins, malgré des visuels proches pour des rôles similaires, ces personnages ne sont pourtant pas des stéréotypes. Au sein d’une histoire, on retrouve une multitude de visages et de morphologies différentes. Il n’y a pas que la couleur des cheveux qui va changer… C’est bien plus riche que des stéréotypes, il s’agit ici d’archétypes !

En ayant recours à des archétypes, vous pourrez davantage créer des images qui touchent vos lecteurs, car ils auront plus de matière sur laquelle s’identifier.