Dessiner sans modèle

Je suis au regret de vous annoncer que vos premiers dessins sans modèle ressembleront à du recopiage. Vous ne pensiez quand même pas que ce serait aussi facile ? Même en dessinant sans modèle, on en vient à faire des copier-coller maladroits de tout ce qu’on a pu recopier auparavant.

Le truc pour s’améliorer rapidement ça reste le dessin d’observation. En user et en abuser sans modération. Mais pas seulement. Il est aussi nécessaire de réaliser des études pour décomposer les volumes, en indiquant leurs axes, les courbes médianes sur les cercles par exemple, ou encore les arrêtes cachés des volumes, comme si les objets étaient transparents. J’y reviens dans le chapitre sur l’entrainement du cerveau.

Retenez bien que c’est matin, midi et soir qu’il faut en manger du dessin d’après nature. Ce n’est pas quelque chose à faire un petit peu en débutant, avant de passer à ses propres dessins. C’est une pratique quotidienne qui suit un dessinateur toute sa vie.

 

LA SUBTILE DIFFÉRENCE :

J’aimerais vous raconter une anecdote qui m’est arrivée pendant ma dernière année de lycée. Lors d’un cours d’art du mercredi après-midi, je montrais, tout content (vu le temps abominable qu’il m’avait fallu pour le faire) le dessin suivant au prof et aux élèves.

(À noter que ce super-héros célèbre a été pour des raisons de droit d’auteur, camouflé en Super-Bleu.)

Le prof me dit alors que le dessin était statique. Aux autres élèves de s’exclamer qu’il n’était pas statique du tout, que le dessin était très bien fait ! Moi non plus, je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire par « statique ». Je n’y ai donc pas fait attention sur le coup, d’autant plus qu’il n’a pas su expliquer pourquoi. J’étais aveuglé par la « réussite » formelle du dessin, qui dépassait tout ce que j’avais pu réaliser jusqu’à maintenant. Pourtant le prof avait raison : le dessin est terriblement, horriblement, tragiquement statique…

C’est seulement deux années plus tard que l’évidence m’a sauté aux yeux. Pourquoi il me paraissait si figé tout d’un coup ? Parce qu’il me faisait penser à mes recopiages… En regardant les recopiages que je faisais à l’époque, quand bien même en tout points fidèles dans les proportions à l’original, je les trouvais terriblement figés. Damned. C’est quoi le truc ? Il n’y a rien derrière, voilà ce qui me vint à l’esprit. Pourquoi mon regard avait autant changé sur ces dessins ? C’est que depuis j’étais passé par les Beaux-Arts, où j’avais pu pratiquer beaucoup (beaucoup) (beaucoup…) de dessins d’observation. J’avais aiguisé mon regard, qui n’était plus dupe sur mes anciens recopiages.

Avec ce dessin, j’avais procédé de la même manière qu’en recopiant, en m’attardant sur les traits du dessin sans vraiment comprendre les formes que je dessinais. Le dessin est plat, j’aurais été incapable de dessiner le super héros de dos. L’anatomie est rigide, le ventre vertical par rapport au cadre de l’image et l’axe du bassin horizontal. Le personnage est central, son pied gauche est dans le même axe que l’immeuble, autant de détails qui nuisent à la sensation d’espace dans l’image. Et donc, à le rendre statique.

Vous verrez au fil des chapitres que nous retrouverons en détail toutes ces notions. Si vous ne voyez pas pour l’instant en quoi le dessin est rigide, revenez à la fin de votre lecture, il se pourrait que votre regard ait changé !

Mes premiers dessins sans modèle relevaient donc plus du recopiage qu’autre chose. Quand j’y pense, que d’années perdues sans apprendre à dessiner ! J’aurais mieux fait de profiter des trois années de lycée pour faire un tas de dessins d’observation.

 


Si vous voyez d’autres personnes avoir plus de facilité à dessiner sans modèle et à exprimer leurs idées, rassurez-vous, cela dépend du type de dessinateur que vous êtes. Certains arrivent à bien dessiner de mémoire des choses qu’ils n’ont jamais dessinées auparavant. Ils arrivent à simplifier et à symboliser ces objets, pour qu’ils soient immédiatement reconnaissables. Pour d’autres (comme pour moi) on sera de vrais zéros pour dessiner quelque chose qu’on n’a jamais étudié avant.

La première fois que j’ai dessiné un panda, il ressemblait à un cochon ! En me mettant à dessiner, je me suis trouvé face à des questions telles que : mais… qu’elle forme d’oreille il a un panda ? Puis le museau, il ressemble à quoi ? Sans avoir étudié au préalable un sujet, mes dessins ne ressemblaient à rien.

Ce qui n’est pas forcément un désavantage car cela permet de prendre le problème à bras le corps. En étudiant les formes de nombreux animaux, cela a donné plus de richesse à mes dessins. Je connaissais toutes les formes avec lesquelles jouer, que ce soit pour dessiner un panda ou des monstres aux formes improbables. L’avantage est là, on a des formes en tête, à modeler et transformer pour représenter tout ce que l’on souhaite dessiner. On obtient ainsi plus de personnalité, de spécificité à nos dessins.

 

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Le recopiage est à garder pour se faire plaisir mais pas pour progresser en dessin.
  • Ne copiez pas les oeuvres d’artistes, étudiez-les.
  • Les photos sont à utiliser comme référence pour se familiariser avec de nouveaux sujets. Il est préférable de dessiner d’après nature pour s’améliorer.

 

Place à l’action !

Sélectionnez une dizaine d’œuvres d’artistes, puis profitez des weekend ou moments libres pour réaliser de petits croquis d’études. Observez le moindre recoin de ces œuvres afin d’en déceler tous les secrets !

 

De la même manière, empruntez à la bibliothèque des livres illustrés de photos sur les animaux ou tout autre sujet qui vous passionne. Puis pendant un mois, composez des reproduction de ces photos afin d’étudier les formes et proportions qui les composent. Avancez à votre rythme, mais soyez régulier au moins pendant un petit mois, le temps que vos progrès s’installent. Cela vous permet d’éviter les éternels recommencement… Libre à vous ensuite de continuer ou de reprendre plus tard une nouvelle période d’étude.