Autres facteurs

Quantité des points d’intérêts

La quantité de points d’intérêts sur lequel l’œil va s’arrêter va influencer la sensation de vitesse. On en a l’exemple avec cette illustration d’Aubrey Beardsley, où je vous laisse deviner quelle figure est la plus rapide des deux.

Aubrey Beardsley (1872-1898) – La jupe-paon (1892)

 

La quantité de détail joue aussi sur le poids d’une image, plus de détail, plus de lourdeur, plus de réalisme également. Moins de détail, légèreté et davantage d’identification. L’absence de détail permet la participation du lecteur. Tout ne lui est pas donné. Ainsi il s’identifiera davantage à un personnage simplifié qu’à un personnage réaliste où le moindre détail est donné, laissant moins de marge de manœuvre à son imagination.

 

Placement dans le cadre

Pressé vers le bas du cadre ? Libre comme l’air ou personnage imposant, placé en haut du cadre ? Passé, présent, futur ; gauche, centre, droite du cadre ? De mêmes bases pour des possibilités infinies.

Ici des personnages doublement écrasés en bas du cadre, par leur placement mais aussi par la charge qu’ils portent. Sans compter les nombreux détails du fond et le chemin en forme de triangle. Tandis que la légèreté du trampoline est visible dans la manière même de réaliser l’image avec peu de détails et de larges vides. Ainsi que les formes arrondies des nuages ou du sol qui adoucissent l’image. Ce n’est pas un hasard, c’est pensé. Cela vous permet de créer des images vivantes, davantage que de joliment dessiner, ici vous racontez, vous transmettez des sensations.

Autre exemple déjà évoqué dans la partie sur les fondamentaux. Vous souvenez-vous de la peinture de Viktor Vasnetsov représentant Alenushka ? Où figée au centre de l’image, elle est recroquevillée vers le bas du cadre pour marquer davantage le poids de son chagrin.

 

Le confinement de l’espace

 

 

  1. Ambiance renfermée et écrasante renforcée par les triangles agressifs qui mangent l’espace. (Effet dents de la mer.)
  2. Ambiance plus douce et aéré grâce au large vide ponctué d’éléments aux courbes relaxantes. (Effet galets sur une plage.)

En étroite relation avec la lumière, de quoi changer complètement l’ambiance d’une image, même au stade de l’ébauche.

Les couleurs

 

  1. Des couleurs saturées et bleutée pour une calme joie de vivre.
  2. Des couleurs délavées pour une impression de fatigue et d’usure.
  3. Des couleurs sombres pour une ambiance plus voilée et crépusculaire.
  4. Des couleurs plus chaudes et saturées pour un effet acidulé débordant de vitalité.

 

Et bien d’autres encore :

 

 

  1. Un acidulé fort en contradiction donné par la juxtaposition des couleurs complémentaires verte et rouge. Ce qui donne une ascension provocatrice de la diagonale.
  2. Teintes désaturées, marais putride, mort.
  3. Fragilité, protection, petite mine. Comme une bouche orange resserré autour d’un océan de blues.
  4. Contour noir et franc, force de la spontanéité. Un entremêlé en expansion sur lui-même.

J’appelle cela de petits carrés d’humeurs. Un très bon exercice que je vous conseille pour améliorer votre sensibilité et la capacité à la rendre visible sur papier. Le but n’est pas de passer trop de temps sur chaque carré, mais plutôt de les enchainer et d’aller de surprises en surprises. Qu’importe si certains sont « ratés », ils vous auront fait expérimenter quelque chose. En chemin vous trouverez certainement un tas de trésor que vous pourrez utiliser pour de futurs dessins.


Fini les mystères, vous avez tout les outils nécessaires pour vous exprimer. N’oubliez pas d’où viennent les sensations dégagées par une œuvre. Tout d’abord de ce que ressent l’artiste : comment son ressenti se manifeste naturellement dans son dessin. Puis, le sentiment induit par la technique : comment l’agencement des lignes, formes, couleurs, etc. amène des sentiments au lecteur. Évitez que le lecteur ne soit noyé sous une multitude d’intentions différentes et divergentes, dans un seul dessin. Restez simples et sincère, c’est la meilleure manière d’être compris.

Ah et pour finir, le plus important pour transmettre des sentiments : COUPER CERVEAU TU DOIS !

 

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Soyez en phase avec l’émotion que doit transmettre votre image.
  • Les fondamentaux, lignes droites, courbes, horizontales, verticales, diagonales, formes, couleurs, etc. sont les ingrédients à même de transmettre des ressentis.

 

Place à l’action !

Et si vous réalisiez vos propres carrés d’humeur ? La difficulté à représenter des objets figuratifs, qu’ils soient inertes ou vivants, fait qu’on oublie le plus important : ce qu’ils racontent. En dessin abstrait, il peut y avoir moins de réticence à dessiner. Quelques soient notre niveau en dessin, c’est une voie grande ouverte aux fondamentaux et ainsi, au message à transmettre. Profitez en, communiquez dès maintenant !

 

N’oubliez pas de revenir au figuratif pour autant. Son étude permet de passer les blocages dans la représentation des volumes, « débloquer votre cerveau» et ainsi obtenir la capacité de réaliser des œuvres abstraites bien plus percutantes. Figuratif comme abstraction sont des outils pour vos progrès.


 

C’est ainsi que ce termine cette partie sur l’invisible. Cette facette du dessin méconnu et trop rarement transmise. J’aurais rêvé lire ces chapitres quand je débutais le dessin, des réponses concrètes à mes nombreuses interrogations. Si jamais su que j’aurais du attendre de l’écrire…

Je suis bien content que ce soit mis par écrit et que cela puisse vous servir. Que vous puissiez à votre tour, aller bien plus loin que ça.


Surtout n’oubliez pas que, quoiqu’on puisse vous dire, il va vous falloir énormément de pratique pour digérer ces lignes, retrouver les choses par vous-même, les comprendre réellement, puis petit à petit voir toutes les déclinaisons possibles. En chemin vous obtiendrez de plus en plus de facilité et d’aisance à représenter vos pensées sur papier. Même si c’est dur au début, persévérez, soyez à l’écoute, essayez quand même de placer vos intentions. Même si c’est subtile, même si ça marchera, ou pas. Continuez. Ce n’est pas toujours facile mais simple : plus vous dessinez, mieux ce sera.