Sentiments & sensations

Mettre des sentiments et des sensations dans un dessin est quelque chose qui nous paraît mystérieux et difficile quand on débute le dessin. Il faut dire qu’à ce moment-là nous sommes empêtré à apprendre le dessin et à représenter de simples objets. Sentiments, sensations, tout cet invisible est l’aboutissement de ce que nous avons vu jusqu’à présent, voyons si l’on peut faire un état des lieux et approfondir la question.

Comment mettre des sentiments dans une image?

C’est une partie de la réponse. Être en phase avec ce que l’on va dessiner, faire comme les acteurs qui se mettent en condition pour ressentir l’émotion à faire passer dans leur scène. S’il vous faut dessiner de la colère, pensez à des choses qui vous mettent en colère et exprimez-le sur le papier avec des traits incontrôlés, plus cassés et incisifs. C’est là qu’on touche aux points que nous allons voir ensemble au cours de ce chapitre.


 Sensations des lignes

Lorsque notre regard se pose sur un dessin, il va être influencé par le type de lignes qu’il regarde. Ce sont elles qui donnent les directions au regard et un premier ressenti.

 

Regarder une horizontale correspond à un mouvement oculaire plus habituel et reposant pour l’œil. Une verticale, va nécessiter d’aller soit vers le bas, en une trajectoire rapide car facilitée par la gravité, soit vers le haut, un geste plus difficile et lent à réaliser. Regarder une diagonale correspond aux mouvements dynamiques de la vie, comme de suivre la balle d’un match de tennis. Tout cela contribue à la symbolique des lignes dont nous avons déjà parlé. Derrière toute symbolique, il y a avant tout un ressenti !

Vous pouvez doser la proportion de chacun de ces mouvements pour influencer l’atmosphère générale de votre image. Comme on a l’exemple à la figure suivante avec des images composées de simples lignes.

 

On pourrait tout autant jouer sur la continuité des lignes, brisée, continue ? Une modulation du trait changeante, comme hésitante. Des changements de direction brutaux, ou tout en douceur ? Jouer de l’inclinaison, de la courbure. En un judicieux mélange à même de représenter ce que vous souhaitez.

Un exemple d’utilisation de la diagonale dans la peinture « le destin des animaux » de Franz Marc. Le contraste de couleurs très brut accentue encore la dureté et la violence de l’image.

Franz Marc (1880-1916) – Le destin des animaux (1913)

 

Eugène Delacroix (1798-1863) – Chasse au tigre (1854)

 

Dans la peinture de Delacroix, on retrouve la diagonale à de multiples reprises, avec l’élancée du chasseur ainsi que sa lance prête à chuter. Un mouvement de chute mis en valeur par la verticale passant du visage du chasseur au corps du tigre.

Il est indispensable de prendre en compte cette géométrie sous-jacente à vos œuvres. C’est cette géométrie invisible qui donne toute la richesse à votre dessin. Que ce soit des schémas, des compositions plus ou moins abstraites ou figuratives, les lignes sous-jacentes sont toujours présentes et dégagent des ressentis similaires. Nous allons en faire l’expérience ensemble en observant les lignes de force suivantes :

Que ressentez-vous face à ces lignes ?

  1. Une certaine rigidité, avec des lignes étendues au sol. À droite le bout de la ligne est plié vers le bas comme contraint, soumis par une certaine force ?
  2. Une force qui irradie de tout les cotés, avec en haut des courbes faisant penser à des cornes de diable ? En tout cas quelque chose d’animal peut-être. Comme la forme de serpent en bas au milieu.
  3. Une ligne ondulée qui diminue vers le haut, une ascension, un chemin spiralé ?
  4. Ici une sorte de tourbillon, de flux, telle une rivière ? Du vent ?

 

À la figure suivante, voilà à quelles peintures correspondent ces lignes de force. Amusez-vous à comparer les observations avec les sujets représentés, à chaque fois c’était dans le juste.

William Blake (1757-1827)
1. La maison des morts (Entre 1795 et 1805)
2. Le Grand Dragon Rouge et la femme aux habits de Soleil (Entre 1803 et 1805)
3. L’échelle de Jaco (Entre 1800 et 1805)
4. La tourmente des amant (Entre 1824 et 1827)

 

C’est avant tout ce genre de chose que vous devez voir et même poser en premier sur la feuille. Des gribouillages ? Peut-être, mais ils portent la dynamique de votre image. Avant de se perdre dans les détails, les volumes compliqués, les drapés ou que sais-je encore, il vous faut d’abord établir cette base sur laquelle tout le reste viendra se poser.

Vous serez libres d’ajouter tous les détails qui vous plaisent une fois cette charpente établie. Cela vous permet d’être sûr d’aller dans la bonne direction. Sachant que les mêmes lignes peuvent être utilisées pour une multitude de dessins, vous en avez des possibilités. On retrouve justement la ligne verticale pliée vers le bas, dans cette peinture de Rembrandt « La Bénédiction de Jacob ». Elle est utilisée ici pour un recueillement familial.

Rembrandt (1606-1669) – La Bénédiction de Jacob (1656)

 

 

On peut combiner différents facteurs pour produire des sensations plus complexes.

 

  1. Légèreté et vivacité, comme une note de musique qui s’entremêle. « Ping ! ».
  2. Lourdeur et obscurité par l’entremêlement serré des lignes. Des lignes chaotiques en un déploiement rapide.
  3. Rigueur donnée par la verticale, la fine diagonale en montée donne une progression élégante, un coté distingué. Tandis que la courbe bizarre à gauche amène une certaine fantaisie malvenue avec le reste de l’image.
  4. « Tchaak ! » Prédominance de la diagonale, mouvement comme une onde, une hélice qui se répand dynamiquement.