Lignes de forces et composition de formes

Que ce soit une composition figurative ou abstraite, ce sont les mêmes fondamentaux dont l’on se sert pour organiser les éléments de notre image, avec le principe de varier les formes, les tailles et les espaces. Ou encore le ressenti dégagé par les lignes et formes qui fonctionnera de manière similaire pour un personnage ou une simple ligne.

Commençons tout de suite par un exemple pratique, avec l’utilisation des lignes dans cette très simple composition : deux personnages et un arbre penché une fois vers la droite, puis un coup à gauche.

 

Maintenant que vous êtes familier au mouvement des lignes, vous pouvez ressentir que l’arbre penché vers la droite entraine le regard dans cette direction. Ainsi, ce choix de composition peut être utilisé pour illustrer une course entre deux personnages. Mettant l’impact sur le mouvement en avant et la vitesse, ainsi que l’avancée du premier personnage.

Seconde vignette, le choix d’avoir penché l’arbre vers la gauche va ramener le regard dans l’image. Un choix judicieux si vous avez à représenter une confrontation entre deux personnages, tel un duel au pistolet.

Il faut voir l’influence des lignes sur le regard comme un jeux de domino. Dans le premier exemple la diagonale tombe vers l’extérieur de l’image. Ce mouvement suit celui de notre regard, c’est la même direction. D’où un sentiment de plus grande vitesse que dans le deuxième exemple où l’arbre revient vers nous, coupant la route à notre regard. Deux directions opposées, donc annulation de vitesse.

 Des deux choix, pencher l’arbre à gauche ou à droite, aucun n’est meilleur que l’autre. Il s’agit simplement de différentes intentions. Tout dépend donc de ce que vous avez à représenter.

On retrouve les lignes et formes dans le choix du cadre. Un plan serré ou large ? Si le personnage est tout petit dans le cadre, cela va mettre en valeur la ligne, c’est à dire celle du regard pour aller vers le personnage. Un mouvement actif de notre regard puisqu’il doit aller vers l’élément à regarder.

Un plan serré se rapproche de la forme, donc de sa dynamique plus « passive ». Ici l’œil reçoit ce que dit l’image, tout comme l’émotion d’un personnage.

Lorsque vous avez à représenter des éléments dans un cadre. Pensez à la forme volumétrique dans laquelle ils s’inscrivent. Cela vous aide à choisir votre angle de vue (puisque tourner un volume est plus simple qu’un amas de détails complexes). La forme choisie au préalable, lors de vos croquis préparatoires, influence énormément le ressenti dégagé par l’image finale comme à la figure suivante avec la symbolique du carré.


Un autre exemple avec des personnages unis sur une même ligne. Un grand classique du film Armageddon, maintes fois repris et détourné.


Le triangle et sa percée vers l’avant.


En jouant des lignes, formes, et espaces, vous possédez une grande collection de patterns pour vous exprimer. À partir d’une même disposition, changez l’angle de vue et vous obtiendrez encore plus de possibilités. Jouez ensuite avec les éléments du décor et vos possibilités deviennent infinies. Dans la figure suivante vous avez un deuxième exemple avec la ligne, une intention de confrontation cette fois-ci.

 


Du coté de nos prédécesseurs, voici une peinture de Rubens intitulée « Paysage avec arc-en-ciel ». Où l’on trouve une organisation des éléments en cercle, symbole de perfection et d’unité. Associé à la ligne horizontale pour le repos.

Peter Paul Rubens (1577-1640) – Paysage avec arc-en-ciel (1635)

 

On retrouve encore une fois le cercle avec la peinture d’Ary Sheffer, « Le Christ consolateur », mais cette fois-ci pour une utilisation différente. C’est comme si les personnages gravitaient autour du Christ, bénéficiant de son énergie qui rayonne comme un soleil.

Ary Scheffer (1795-1858) – Le Christ consolateur (1836)

 


Après ces chapitres, nous voici arrivé à un moment crucial. Comment mettre des sentiments dans son image ? Vous avez maintenant tous les éléments en main pour répondre à cette question. Je vous propose de faire le point dans le prochain et dernier chapitre de cette partie sur l’invisible entre les lignes.

 

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Une composition harmonieuse peut être en équilibre ou déséquilibre.
  • Ne pas confondre unité et uniformisation.
  • Chaque élément de l’image possède une masse, qui va détourner le regard du lecteur.
  • Les fondamentaux vous aident à placer des intentions dans vos compositions.

 

Place à l’action !

Pour devenir à l’aise en composition. Prenez les éléments de votre bureau, stylos, feuilles, accessoires divers, organisez-les suivant une intention choisie au préalable (c’est mieux) ou trouvée au hasard. Une fois satisfait, choisissez un cadre et dessinez une petite vignette de cette composition. Amusez-vous avec les équilibres, les compositions de forme, variez les vides, faites une composition organisée, une autre bordélique, jouez avec les contrastes de valeurs, etc. Testez, vous trouverez.