Comment garder l’unité de l’image

Lorsque je vois la similitude entre une balance et la manière dont notre œil réagit sur une image, je ne peux m’empêcher de penser à la déformation de l’espace-temps par la gravité des planètes.

Plus un objet va posséder de masse (de différence), plus il va attirer et dévier la trajectoire d’une planète (votre regard) vers lui. Vous pouvez alors ajouter d’autres éléments dans l’espace de votre image afin d’éviter une direction trop franche et retrouver une certaine unité. C’est à dire d’utiliser toute la surface de l’image au lieu d’attirer le regard en un seul point qui absorbe tout tel un trou noir. Avec l’ajout d’un élément, il est possible de retrouver une unité, tout en gardant un certain déséquilibre qui fera pencher l’œil vers la plus grande masse.

 Il y a toujours besoin d’une relation entre un élément et un autre. Même s’il n’y aurait qu’un visage en gros plan, la relation se ferait entre les éléments de ce visage. Chacun attirant l’attention suivant l’intérêt qu’il possède, recouvrant ainsi toute la surface de la feuille. Autrement ce ne serait qu’une feuille avec un élément collé dessus, on perdrait complètement l’illusion d’espace. C’est un coup à renverser la balance s’il n’y a rien d’autre.

 Si l’on ajoute trop d’éléments semblables en poids dans une image, où chacun va tenter d’attirer l’attention, il en résultera une image sans parti pris. Qu’est-ce que l’on doit regarder ? Il y en a partout ! On ne peut pas diriger le regard à chaque endroit en même temps, il faut savoir faire des choix. Des choix qui dépendent des intentions que vous souhaitez injecter dans votre image.

Si vous souhaitez des images intéressantes à regarder, mettez-y tout de même de la différence. Bien sûr il y a certaines limites à respecter, trop de différences fera perdre l’unité de votre composition. Comme le fait de mettre 36000 couleurs au lieu de se restreindre à une palette de couleur limitée.

Principalement dans des compositions contenant beaucoup d’éléments, soyez sobre sur le reste. Comme par exemple dans le choix des couleurs :

Peter Paul Rubens (1577-1640) – La Bataille des Amazones (1618)


Dans cette peinture de Rubens, la teinte brune lie l’ensemble de l’image, tandis que la teinte rouge revient par-ci par-là pour rehausser le tout. Cela contribue à garder une unité dans une image contenant beaucoup d’éléments. C’est comme si, les éléments d’une seule couleur s’unissaient en macro-éléments afin de simplifier la peinture. Cela rejoint les notions de surface 2D et d’espace 3D que nous avions vu.

 

On l’a vu dans le chapitre sur les couleurs et le contraste. Suivant sa position dans la profondeur de l’image, ainsi que suivant les couleurs qui l’entourent, une couleur ne sera pas perçue de la même manière. Il est ainsi possible d’avoir de la complexité tout en restant simple.

La symétrie et l’équilibre, permet plus de structure, de calme et de solennité. Alors qu’une composition dissymétrique, en mouvement, permet plus de dynamisme. Les œuvres de Kandinsky en sont un très bon exemple. Vous pouvez voir avec ses œuvres que même si elles paraissent en désordre, il y a tout de même une unité.

Wassily Kandinsky (1866-1944) – Composition V (1911)


Ici les ligne noires et épaisses ont plus de poids, c’est sur elles que le regard va s’engouffrer pour explorer l’image. Elles vont ainsi coudre ensemble les éléments de l’image pour les maintenir dans une unité. Le reste étant moins contrasté, il sera davantage vu en arrière plan. Une unité obtenue également par des couleurs qui sont toutes d’une saturation équivalente. La teinte change de couleurs froides à des couleurs chaudes, la luminosité varie très légèrement, c’est surtout les lignes noires qui apportent le plus d’obscurité au tableau.

Wassily Kandinsky (1866-1944) – Composition IV (1911)


Dans cet autre tableau de Kandinsky il a le parti pris d’avoir des formes plus simples et remplies de vide en bas, avec une sorte de colline, alors qu’en haut nous avons un amas de tiges différentes. Une certaine unité est présente car les éléments semblent tous suivre la courbure de la colline. Ils sont ainsi soumis à la même force, on en déduit alors qu’ils appartiennent à la même toile.

L’axe vertical permet de calmer le jeux dans le désordre donné par les lignes, sans trop rigidifier pour autant la composition. Cette peinture est un très bon exemple de dosage subtile. Dans une composition plus ordonnée, de couper ainsi l’image avec deux lignes verticale noires aurait considérablement figé l’image. Ici cela passe très bien, puisque cette rigueur atténue le désordre alentour. On croirait se balader dans un paysage… Les peintures de Kandinsky sont magnifiques quand on prend le temps de les observer.

Il y a bien d’autres moyens d’obtenir ou de perdre l’unité de son image. Cela arrive souvent aux débutants, du fait de ne pas maîtriser (pour l’instant) certains principes comme par exemple la lumière. Si l’on fait l’erreur d’avoir des ombres disparates suivant les éléments de son image, ainsi éclairés différemment, difficile d’imaginer qu’ils font partie de la même image. Perte d’unité également si le style de chaque élément est trop différent, parfois des contours, parfois non, parfois des ombres, parfois non. De quoi donner une impression décousue à son image. De même si la perspective varie dans une même image. Etc.

Tout est une question de dosage subtil entre répétition et variation. Cherchez la simplicité, c’est la clé.