Composition d’image – PARTIE 02

On va se servir de tout ce que nous avons vu précédemment sur le mouvement donné à une image, mais aussi des fondamentaux des lignes, des formes et de la variation. L’invisible et le visible réunis, voilà ce qui fait une composition ! De part son étymologie même, la composition est le fait de réunir les choses ensemble. Le but étant d’en faire un tout harmonieux, même dans les déséquilibres, comme nous allons le voir ensemble.


Équilibre et déséquilibre

En composition il ne faut pas confondre plusieurs notions. Le fait d’avoir une harmonie, c’est à dire une unité entre les différents éléments de la composition (et non un patchwork d’éléments sans rapports les uns aux autres), et le fait d’avoir une composition équilibrée ou en déséquilibre.

Une composition peut être harmonieuse et pourtant présenter des déséquilibres qui donnent du mouvement à l’œuvre, de l’intérêt, sans perdre pour autant son unité.

À ne pas confondre également : unité et uniformisation. Un carrelage composé de carrés, c’est uniforme, répétitif et uni, certes, mais terriblement monotone. Dans une composition, la répétition et la variation sont deux paramètres à doser pour créer des œuvres intéressantes.

Pour commencer, nous allons retrouver les notions d’équilibre et de déséquilibre dans la figure suivante. C’est une métaphore que j’ai pu lire à plusieurs endroits et qui illustre à merveille le principe de poids et d’équilibre dans une image, il s’agit de la métaphore de la balance.

Si l’on place deux poids identiques de chaque coté de la balance, ils vont stabiliser les plateaux. Un poids lourd peut aussi être équilibré par une myriade de petits poids qui ensemble seront aussi lourds que lui. Nous avons ainsi deux exemples d’équilibre, l’un uniforme avec deux poids identiques, l’autre, plus intéressant avec de la variation.

En trois, un exemple de déséquilibre avec deux poids de tailles différentes, faisant ainsi pencher le regard, pardon, le plateaux d’un coté de la balance.

Dans une image, chaque élément va posséder plus ou moins de poids, suivant sa taille, le contraste et toute différence qu’il va avoir vis à vis des autres éléments de l’image. Un tout petit rond bleu dans une composition orangé, vous pouvez être sûr qu’il sera s’imposer à l’œil. C’est suivant la force d’attraction que va générer un objet sur notre regard qu’il va obtenir du poids dans l’image.



Dans une composition équilibrée, l’œil ne va pas pencher dans une direction plutôt qu’une autre. C’est comme si le centre de l’image représentait aussi le centre de la balance. Ainsi équilibré, cela donne des compositions plus reposantes et parfois moins dynamiques. Avec de la différence et de la variété, il vous est possible d’obtenir malgré tout une composition équilibrée, comme on en a l’exemple dans la seconde vignette. Tout dépend bien sûr de l’effet recherché, la vignette avec le miroir joue de l’uniformité pour porter les intentions de l’image.

Le troisième exemple fait pencher notre regard d’un coté à l’autre de la composition, tout comme la balance en déséquilibre faisait pencher les plateaux. Il y a un rapport de force entre les éléments de votre image, ce qui peut avoir beaucoup d’utilité en narration.

Observons comment différents artistes ont pu gérer les équilibres dans leurs compositions.

John Atkinson Grimshaw (1836- 1893) – En péril (1879)

 
Un exemple de composition en déséquilibre par John Atkinson Grimshaw. Un déséquilibre vers la gauche, renforcé par l’inclinaison du bateau. Vous noterez que les couleurs chaudes ne sont présentent qu’à gauche de l’image.

Francisco de Goya (1746-1828) – Cour de maison d’aliénés (1794)

 
Un exemple subtil avec cette peinture de Goya. Elle est presqu’en équilibre, peut être qu’elle nous fait pencher un peu plus vers la gauche avec les nombreux personnages. Néanmoins, le personnage accroupi sur la droite a tellement de masse qu’il équilibrerait presque la toile. Le fait qu’il soit vers le sol avec celui qui rampe derrière, renforce la gravité à cet endroit de l’image. Cela aide à donner de la masse et à contrebalancer les éléments à gauche de l’image. Sans compter les deux lutteurs au centre qui renforcent l’équilibre du tableau. Autant d’agitation et d’équilibre en même temps, voilà de quoi rendre la scène irréelle. le thème du tableau étant la cour d’une maison d’aliénés on peut dire que cela colle à merveille à l’ambiance.

Le centre d’une image est par défaut l’emplacement de notre regard maximal s’il n’était dévié par les éléments qui composent l’image. C’est l’axe de notre balance, placez un élément dessus et il paraîtra figé sur la toile. Un complément d’explication à la notion de points d’intérêts et d’axe que nous avions vu dans le chapitre précédent.

Alfred Jacob Miller (1810-1874) – Old Bill Burrows, a Free Trapper (date inconnue)


Dans la peinture précédente, nous avons un exemple de composition plus ou moins en équilibre, puisque les deux vides à gauche et droite de l’image occupent presque la même place. Ce sont eux les grandes masses qui équilibrent l’image.

Alfred Jacob Miller (1810-1874) – Migration of the Pawnees (date inconnue)

 
Dans cet autre tableau de Miller, il y a davantage de poids à droite de l’image. Cela nous entraine à la suite des personnages, contribuant ainsi à représenter leur marche vers la droite. Une utilisation judicieuse du déséquilibre.

Pour finir sur l’équilibre, allons un peu plus loin. L’équilibre dans une composition peut être obtenue de plusieurs manières. On l’a vu avec deux poids identiques, ou encore avec un gros poids et plusieurs petits réunis. Mais il y a une autre astuce, on peut rapprocher un élément de l’axe, c’est à dire du centre de l’image. C’est un principe mécanique de leviers. Là encore, on rejoint cette notion d’axe que nous avions vu dans le chapitre précédent.


On se sert en fait des vides, pour compenser le poids des objets, et ainsi récupérer un équilibre dans la composition.