La zone d’attention maximale

Les deux diagonales de lecture dirigent notre regard vers le centre de l’image où elles vont concentrer notre regard, créant ainsi une zone d’attention maximale. Cette zone n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce que nous avons vu dans le chapitre sur la vision humaine. Cette zone centrale est l’endroit où le spectateur va le plus facilement voir ce que vous avez à lui montrer. La zone périphérique est une zone de veille attentive, où l’on va percevoir et ressentir, plutôt que d’observer directement.

Bien sûr, le regard peut se focaliser davantage vers les bords d’une image, notre regard étant mobile, le centre de vision change ainsi constamment. Malgré cela de manière générale, en regardant une image on se dirige naturellement vers son centre. Pourquoi ? Car c’est comme si nous assimilions les bords de l’image aux limites de notre vision réelle.

 

Dans le monde réel, notre vision est maximale au centre car c’est là que la vision de nos deux yeux se croise. En périphérie, on sera davantage réceptif aux mouvements qu’aux détails, notre attention étant au centre.

Imaginez alors que vous avez à dessiner un voleur ou une personne discrète. Pourquoi ne pas la placer aux bords du cadre, pour en cacher la présence ? De la même manière que l’on place une personne en haut et vers le centre d’un cadre pour lui donner de l’importance, la placer sur les cotés permet d’atténuer sa présence. Cela peut rajouter à la surprise, et faire voir dans un second temps, des choses qui auraient échappées au premier regard porté sur l’image.

Il y a une scène au début du film « Indestructible » de Pixar où la zone maximale est judicieusement utilisée. Il s’agit de la scène où le directeur de l’école reçoit Mme Indestructible et son fils, suite à une bêtise de sa part vis à vis de son professeur.

Dans le bord du cadre se trouve le professeur tourmenté par cet élève indiscipliné. Une place dans le cadre qui correspond à son rôle dans la scène, celui d’être incompris. Il se trouve en annexe de la scène centrale sur laquelle il n’a pas d’emprise malgré toutes ses explications pour démontrer la faute de l’élève. Sa position dans le cadre est le reflet de celle qu’il a dans la scène, et va contraster d’autant plus avec ses gesticulations, renforçant l’humour de la scène.

Les éléments les plus importants, ceux qui sont les plus actifs dans la scène, vont figurer dans la zone centrale de vision. Tandis qu’autour, ce sera l’anecdotique, ou les éléments du décor servant à situer la scène. Des détails, des cadres au mur, des plantes, etc. Tout ce qui doit être vu dans le cadre, sans occuper pour autant notre attention.

Cette zone d’attention peut aussi jouer sur la proximité entre les personnages. Dans un tout autre exemple, on peut rapprocher des personnages dans la zone centrale pour un bisou ? Une discussion secrète ? Ou une scène d’intimidation entre un méchant que parle au creux de l’oreille d’un héros impuissant car enchaîné ? Bref, pour tout contact qui demande une certaine intensité, ou intimité.
Pourquoi tant de méfiance ? Tout simplement car le premier regard voit un bisou, là où un deuxième regard plus large sur l’image peut apercevoir le couteau qu’elle cache derrière son dos :

Où comment jouer en pratique de la vision centrale et de la seconde en périphérie. Vous pouvez observer des scènes similaires dans le film « Total Recall » avec Arnold Schwarzenegger. Lorsqu’au début du film sa femme passe d’une relation proche à celle de tueuse dont il doit se méfier et garder à distance.

En périphérie, il y a davantage de mouvement possible entre les deux figures ; proches, elles sont plus aptes à s’arrêter et partager ensemble. On rejoint-là un principe d’axe et de pivot que nous allons voir plus loin.