Espace, poids et vitesse

Donner de l’espace à quelque chose c’est lui donner de l’importance, lui donner du poids. Ainsi, il a la place de s’y développer, de s’épandre et de s’épanouir. Cela peut être très subtil comme l’exemple de la mouche que nous avions vu précédemment, où l’espace autour du visage attire le regard à ce niveau-là.

De même avec les arbres de l’introduction au mouvement :

 

 On peut également étudier les successions de la figure suivante :

 

Le peu de vide fait penser à un attroupement, il y a quelque chose qui se passe et qui fait que les gens s’y agglutinent. Tout comme notre regard s’y dirige, attiré par la complexité. Le deuxième exemple donne de l’importance au personnage central par le vide autour de lui. C’est le plus fort, il prend plus de place et rayonne sur les autres. Comme si son poids n’était plus déterminé par son seul volume mais en y ajoutant celui de l’espace autour de lui. Il devient ainsi plus gros que les autres, grâce au vide !

 

La sensation de poids est donnée par l’espace. Pour la petite histoire, la première fois que je m’en suis rendu compte consciemment c’était en rangeant ma chambre. Comme quoi ça peut avoir du bon… C’est en enlevant mon lit et une étagère que je me rendis compte de l’influence qu’avait le vide.

Seul, le bureau semblait comme comprimé contre le mur. Ce vide accentuait même la sensation de vitesse de mon regard qui allait s’écraser sur le bureau. Une vitesse dérangeante visuellement et peu reposante. En replaçant le lit et l’étagère à leur place respective, ces points d’intérêts freinaient le regard. Je retrouvais ainsi une atmosphère dégageant plus de lenteur, de calme et de repos.

Un autre exemple, en regardant les deux photos suivantes, ressentez-vous leur différence ?


 

À quel point dans le premier exemple, le large espace de végétation prend le pas sur la personne, l’écrasant sur le bord droit du cadre ? Alors que dans le deuxième exemple c’est le personnage qui a l’ascendant sur l’espace de végétation, étant au dessus et occupant davantage d’espace dans l’image.

Qu’on se le dise, le vide ne sert pas à rien : il maintient les éléments de votre dessin. Il les soutient, les pousse, les comprime, équilibre ou déséquilibre vos compositions. Tout comme les formes pleines de votre dessin, les vides possèdent aussi leur propre masse.

On peut imaginer le vide comme une main qui presse sur notre image. C’est une bonne astuce pour matérialiser l’action du vide et son importance.

Nous avons dans le premier exemple une stabilité, les deux vides se compensent mutuellement. En deux, un écrasement vers le bas. En trois, une sensation d’élévation donnée par la présence du vide en bas de l’image.

On en trouve de beaux exemples chez Len Norris, où pour représenter des employés surchargés de travail il va les mettre en bas du cadre, recourbés sur leurs chaises avec un fatras d’objets autours d’eux. Le haut de l’image est plus épuré, laissant place à un vide pesant de tout son poids sur les employés. Au contraire, pour représenter des « créatifs » bossant à la TV et fêtant l’anniversaire de leur chaine ; voilà qu’il les dessine vers le haut du cadre, dominants, la tête haute, le torse bombé, avec un vide au-dessus d’eux beaucoup plus restreint.

On en a un exemple similaire dans la figure suivante. Où un large vide va écraser la figure de Saint Eulalia reposant au sol. Les éléments de l’image en arrière fond sont suffisants petits ne pas prendre le pas sur l’espace. Cela laisse libre cours au regard qui va s’écraser verticalement vers le personnage. Ce qui n’est pas sans rappeler l’illustration de la maison écrasée par la falaise que nous avions vu plus tôt. Même principe, différents cas de figure.

John William Waterhouse (1849- 1917) – Saint Eulalia (1885)

 

Voici dans cette peinture de Paolo Uccello, un autre exemple de l’utilisation du vide que je trouve particulièrement ingénieux.

Paolo Uccello (1397-1475) – Le Miracle de l’hostie profanée (entre 1467 et 1469)

 
Observez comme le vide va agir en tant que zone tampon pour protéger la famille des soldats. Comme vous pouvez le voir, Il y a un tas d’utilisations possibles du vide. À vous de les trouver que ce soit en observant d’anciennes peintures ou même les œuvres d’illustrateurs contemporains. Tout y est !


On retrouve l’importance du vide même en arts martiaux où le vide entre les bras et notre torse permet d’absorber la poussée d’un partenaire. Dessin et réalité sont étroitement liés. Avec ces derniers chapitres vous voilà bien rodé à comprendre le mouvement de votre image, il est temps de passer à la suite : la composition !

 

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Pleins et vides aident à mieux définir les formes.
  • La quantité et les formes du vide influencent le ressenti de l’image.
  • C’est dans les vides que l’action prend place.
  • Du vide naît les forces tel que poids et vitesse.

Place à l’action !

Pour apprendre à jouer avec les vides, vous pouvez prendre plusieurs photos d’un même sujet. Amusez-vous à changer l’emplacement et la taille des vides afin de voir comment ils influencent votre image. Soyez patients avec vous-même, l’influence du vide et ses nombreuses utilisations ne sont pas aisées à assimiler !