Du vide pour faire circuler le regard

On en a parlé lors du chapitre sur le mouvement du regard. Le vide permet au regard de circuler tandis que sa trajectoire est influencée par les lignes et formes. Il est toujours plus facile pour l’œil de naviguer dans un espace vide que dans une forme pleine. Le regard peut également traverser et parcourir les objets mais c’est moins rapide, comme si l’on passe d’un bateau à la marche. C’est pourquoi le regard aura tendance à longer les formes. Lorsqu’on regarde une forme c’est vraiment qu’on s’y attarde, qu’on l’explore, notez la comparaison.

 

La présence ou l’absence d’espace vide va influencer le ressenti donné par l’image. Passant à souhait, d’une ambiance renfermée contenant une multitude de vides morcelés et indépendants les uns aux autres, à un large espace ouvert. Ou encore, l’entrée même dans le cadre peut être facilitée ou non par la présence de vide. Rien qu’avec du vide vous suggérez à votre lecteur où il se trouve. On en a un exemple avec ces deux peintures de Waterhouse.

John William Waterhouse (1849- 1917) – La naïade (1893)


Où le regard doit passer par les vides entre les branches avant de pouvoir accéder à l’image. Alors que dans la peinture suivante, l’image est toute de suite libre d’accès.

John William Waterhouse (1849- 1917) – Miranda (1875)

 

Ainsi le vide donne des informations différentes au lecteur. Dans la Naïade, nous sommes dans un sous-bois ; dans la seconde peinture, nous sommes au bord de la mer face à un large espace. Cela crée des sensations complètements différentes, l’atmosphère confinée et sécrète de la Naïade, et l’attente de Miranda, son regard tourné vers le large. Dans l’une ou l’autre des peintures, les deux personnages sont en train d’observer mais la composition et la gestion du vide fait que la sensation dégagée par ces œuvres est complètement différente. Sans parler de la diagonale de la Naïade qui évoque une toute autre dynamique que la position verticale, en attente, de Miranda.