La manie de remettre les cadres droits

Pour introduire le mouvement des lignes, nous allons tout d’abord nous intéresser à une manie que certains d’entre vous connaissent peut-être bien : celle de remettre les cadres droits. Observons la avec l’exemple d’un des autoportraits de Bleu, qui peint depuis son plus jeune âge…

Là où un cadre droit paraît reposant, un cadre de travers va davantage attirer et déranger l’œil. À certaines personnes plus que d’autres, qui ne pourront s’empêcher de le remettre en place. Mais d’où peut bien venir cette gêne ?

 

La réponse correcte est : la gravité. Vous avez certainement tous en tête l’exemple de la pomme de Newton qui illustre la force d’attraction terrestre attirant tout objet vers le sol. Cette force invisible que l’on côtoie au quotidien jusqu’à en oublier l’existence a un grand rôle en dessin car elle influence énormément notre perception des choses. Si vous souhaitez que vos dessins soit le reflet d’une réalité, il vous faut représenter à la fois le visible avec les objets, les couleurs, etc. et l’invisible avec les forces qui s’exercent sur ces objets, le poids, la gravité, les tensions, le vent, etc.

Pour observer comment les choses se passent en dessin, nous allons reprendre les lignes de la succession d’image, elles ont encore des choses à nous apprendre.

Le centre de gravité d’un objet va l’attirer en permanence vers le sol. Là où une verticale et une horizontale restent en place, bien posées sur leur base de support. La diagonale elle, ne fait que chuter !

Posez un livre en diagonale et vous aurez le même effet. C’est ce qui se passe en vrai et ce à quoi on s’attend dans une image. On s’attend inconsciemment à ce qu’un dessin réagisse aux mêmes lois invisibles que ce qui nous entoure.

Vous comprenez mieux ce réflexe de remettre un cadre en place ? Un cadre bien horizontal et vertical va moins attirer le regard, il est bien posé, stable et reposant. Une diagonale elle, ça pique le regard ! Suivant le seuil de sensibilité de chacun, certains s’accommoderont d’un léger dénivelé, là où d’autres ne pourront s’empêcher de rectifier le cadre.

Voici un exemple pratique de la diagonale, qui rejoint aussi le mouvement de succession que nous avons vu juste avant. Il s’agit de l’illustration de la poésie « Célestin est dans la lune ». Elle a été réalisée par mini-max alors que je n’avais que 6 ans :



Lorsque je suis retombé sur ce dessin j’ai été frappé par la sensation de mouvement qui s’en dégageait. On sent le bonhomme glisser sur la lune comme sur un toboggan. Pourquoi ? Question de diagonale ! La succession de diagonales, avec celle du bonhomme et celles des lapins va créer un mouvement vers la droite. Le comble, c’est qu’on a même un dernier lapin à droite dont la verticale va contraster avec les diagonales précédentes et en renforcer le mouvement. Il n’y a pas à dire, être un enfant apporte du génie ! On y voit qu’au lieu d’avoir un dessin figé par des angles droits à tout va, la diagonale a été très bien utilisée pour apporter une dynamique à l’image.

On a tous plus ou moins ce réflexe naturel de mettre les choses droites. Le cerveau fonctionne ainsi, il préfère le calme, ça lui demande moins de boulot. Le souci c’est qu’en dessin, il faut savoir bousculer ce calme afin de faire des images plus intéressantes. Il nous faut alors en permanence contrebalancer ce réflexe de figer nos dessins avec trop de symétrie et de droiture. Tout dépend bien entendu de ce que vous voulez, mais encore fallait-il comprendre comment cela fonctionnait.


En résumé, la diagonale est vie, la diagonale est mouvement ! Vive la diagonale !