Comment attirer le regard

Qu’allons nous regarder dans une image ? Cela est étroitement lié à notre faculté de vision. Ce qui est regardé est généralement près de nous, donc net, coloré, avec des contours francs et plus de contraste. Ce qui est loin et sur lequel le regard se porte moins, sera généralement plus terne et flou.

Si c’est loin, on ne peut pas interagir avec, d’où le fait qu’on s’en préoccupe moins, ou alors de manière passive et contemplative. L’actif on le réserve pour ce qui est proche de nous.

Dans la vie de tous les jours, observez votre regard (je vous assure que c’est possible), vous remarquerez à quel point on s’occupe d’une sphère réduite autour de nous, le reste qui se trouve en périphérie et dans la profondeur est perçu et ressenti davantage que vraiment vu.

C’est en jouant de ça, qu’on peut attirer le regard où l’on veut dans nos œuvres. En voici des exemples pratiques.

Cesare Maccari (1840-1919)- Cicéron dénonce Catilina (1888)

 

Contraste en terme d’occupation de l’espace, avec le vide à droite entourant Catilina, révélant sa silhouette seule, face aux autres personnages du tableau.

On retrouve le chaud-froid, avec une teinte jaune pour illustrer le discours de Cicéron, actif dans la toile, vis à vis des teintes froides qui dominent dans la partie droite du tableau, où Catilina est pour l’instant passif face à l’accusation.

Clair obscur entre la toge de Catilina et l’ombre des sièges. Tandis qu’à gauche, les sénateurs n’ont pas ce contraste, ils sont liés entre eux par une même couleur. Cela transmet l’intention qu’ils sont une foule et non un individu unique à mettre en valeur, come Catilina dans cette toile. Hop, des outils pratiques de plus à votre disposition, merci Maccari.

Ce qu’il se passe c’est que l’œil est friand de différence. Si on lui sert en permanence des tons clairs il partira immédiatement vers le moindre ton foncé qu’il pourra trouver. Clair/obscur, ligne/forme, inspire/expire, systole/diastole, comme le disait Goethe :

« C’est la formule éternelle de la vie qui se manifeste ici aussi. »

L’obscurité pour un œil relâché, au repos. La lumière pour un œil excité, en activité. D’activité à repos, d’ombre à lumière, voilà comment stimuler le regard de votre lecteur ! Vite, un exemple pratique pour confirmer cela, grâce à deux peintures de la même rue, par le peintre John-Atkinson Grimshaw :

John-Atkinson Grimshaw (1836-1893)
à gauche : Vue de Heath Street de nuit (1882) – à droite : Vue de Hampstead

 

On peut observer à quel point le contraste guide le regard. Dans la première image, le contraste est plus ou moins similaire entre les figures à gauche et le fond, ou la figure à droite et le fond. Avec tout de même une prédominance du contraste à droite, accentué par le fait que la silhouette soit seule, entourée d’un large vide.

Dans le deuxième exemple, nous avons plus de contraste autour de la silhouette au parapluie à gauche, tandis qu’à droite le contraste est moins prononcé. Ainsi le regard va glisser sur la zone moins contrastée, pour se diriger vers la zone à fort contraste qui va stimuler davantage nos récepteurs visuels. Voilà qui mène aux mouvements de l’œil sur une image.


Créer un mouvement, attirer l’œil, créer de la profondeur, voilà à quoi servent les contrastes. Le mouvement du regard et tout ce qu’il entraine est justement le sujet de la partie suivante : l’invisible entre les lignes.

 

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Avant de penser couleurs, pensez valeurs !
  • Le rôle des valeurs est d’apporter du contraste, de clarifier et de simplifier vos dessins.
  • Les couleurs apportent une vibration supplémentaire à vos dessins.
  • Vous disposez de sept types contrastes colorés.
  • Valeurs et couleurs sont perçues différemment suivant leur environnement immédiat.
  • Le contraste vous permet de guider le regard de votre lecteur.

 

Place à l’action !

1 – Réalisez des croquis de paysage ou de votre maison en vous servant uniquement de valeurs de gris. Choisissez en quelques unes à l’avance, quatre ou cinq, et limitez-vous à l’usage de celles-ci.

2 – Pour vous familiariser avec les couleurs rien de tel que de réaliser des compositions abstraites dans lesquelles vous assemblerez quelques couleurs choisies au préalable. Observez comment la juxtaposition des couleurs modifie l’ambiance de votre image, jouez des différents contrastes, de la taille et de la forme de vos couleurs. Le résultat final n’étant pas le but de l’exercice, ici, plus vous réaliserez d’essais, plus vous comprendrez intuitivement comment agencer les couleurs.