Les couleurs – 02

Sensations données par les couleurs

Les couleurs chaudes comme le rouge et le jaune attireront davantage le regard que des couleurs passives comme le bleu. La couleur amène également une profondeur supplémentaire par rapport aux seules valeurs. Les couleurs chaudes sembleront plus proches que des couleurs froides ou dé-saturées. On l’a vu en perspective atmosphérique, la distance rend les couleurs plus froides et ternes.

On a en l’exemple avec cette peinture de Paul Klee, où le jaune des oiseaux les ramène nettement au premier plan, tandis que le bleu du ciel s’éloigne de nous.

Paul Klee (1879-1940) – Paysage aux oiseaux jaunes (1923)


En mettant cette peinture en valeur de gris, on se rend compte de l’apport des couleurs dans la sensation de profondeur.

Chaque couleur correspond à une longueur d’onde différente, davantage de couleurs dans une même image produira plus de contraste et donc, plus de plans de profondeurs. Moins de couleurs aplatira une image.

Les sensations et idées que dégageront les couleurs dépendent de nombreux facteurs comme la culture ou la saison en cours. Des couleurs froides ne produiront pas le même effet en plein hiver qu’en plein été. Pour ce qui est de la symbolique d’une couleur, plutôt que de vous les lister une à une, j’aimerais reprendre la distinction que fait Goethe entre l’allégorie et la symbolique.

La signification du symbole serait naturelle et commune à tous, là où l’allégorie relèverait de la convention apprise. On peut alors faire la distinction entre le vert symbole de croissance et de la nature, et le vert allégorie de l’espoir.

Une allégorie étant une association d’idée entre la couleur et un sens qu’on lui donne. Ce sens peut varier d’un extrême à l’autre suivant les cultures. Ainsi en occident, porter du noir à un enterrement sera symbole de deuil, alors qu’en Chine, ce sera le blanc qui sera de rigueur. En Iran, ce sera le bleu. Voilà pourquoi cette distinction entre la symbolique qui va davantage faire référence à un ressenti universel, et l’allégorie à un savoir transmis est importante.

 

Harmonie de la couleur

On en a eu des pistes importantes au sujet de la définition d’une couleur par ses trois caractéristiques que sont la teinte, la saturation et la luminosité. Toute harmonie étant un dosage de différence et de similitude, penchant vers l’intention souhaité. Il y a également un autre facteur important.

Connaissez-vous le phénomène d’image rémanente ? Si vous fixez un rond de couleur pendant un moment puis que vous portez votre regard vers une surface blanche, un rond de sa couleur complémentaire apparaitra à vous. Si le rond était bleu, alors c’est un rond orange qui apparaîtra sur la surface blanche.

Comme disait Goethe dans son Traité des couleurs :

« L’œil demande toujours la totalité, et complète en lui même le cercle chromatique […] »

Ce qui vous donne un précieux indice pour composer vos images. Avoir la totalité des couleurs dans votre œuvre produira une harmonie, là où l’absence d’une ou plusieurs couleurs provoquera un manque (ce qui en soit peut être l’intention voulue). Bien sûr qui dit totalité des couleurs ne veut pas dire qu’elles se trouvent toutes dans de mêmes proportions au risque d’aller vers la monotonie.

En parlant de monotonie, citons Goethe une dernière fois au sujet d’une œuvre monochrome, où seule une couleur est représentée au détriment des autres, comme si notre peinture était vue à travers un verre coloré.

« Ce ton inauthentique est le résultat instinctif d’une incertitude devant ce qu’il fallait faire, si bien qu’au lieu de la totalité on a produit une uniformité. »

Bien sûr, on ne va pas tenter de placer les milliers de couleurs existantes dans une seule peinture, simplement faire en sorte que les trois teintes de base que sont le bleu, le rouge et le jaune soient présentes, que ce soit pures ou au sein de mélanges. Ainsi, même en petite quantité, il est possible d’amener la totalité du cercle chromatique qui sera combler notre regard.

En pratique, lorsqu’on ajoute une couleur à notre image, il arrive souvent d’avoir à équilibrer cet ajout, en créant des rappels de cette couleur à d’autres endroits de notre image. Cela peut être dans les ombres d’un objet, dans ses reflets, ou dans la couleur d’un autre élément. Ce principe est d’autant plus visible dans un style pointilliste comme dans la figure suivante avec la peinture La calanque de Signac.

Paul Signac (1863-1935) – La calanque (1906)


Dégradés de couleurs et d’ombres

Un petit mot au sujet des dégradés de couleurs et d’ombres. Ne faites pas des transitions uniformes. Jouez des variations, en mettant par exemple plus de saturation entre le passage d’une teinte à l’autre. Ne pas se contenter d’un mélange linéaire permettra de faire vibrer la couleur.

À tort on pense que des changements linéaires vont être plus réalistes. Pourtant en ajoutant de la couleur dans vos ombres et dégradés cela reproduit la vibrance qu’apporte la lumière réelle. C’est le contraste avec d’autres teintes qui permet d’amener cette vibrance.

Pour donner un autre exemple, au lieu de peindre un fond blanc en blanc, composez ce blanc avec de légères nuances de bleu, rouge et jaune. C’est une astuce que j’avais découverte aux Beaux Arts, elle permet de donner plus de vie à des fonds qui seraient monotones s’ils n’étaient que d’une seule teinte. L’ajout de couleur pouvant être plus ou moins discret suivant le style souhaité. Lorsque vous avez à réaliser un portrait réaliste, pensez à ajouter différentes couleurs dans une seule teinte, à la manière des pointillistes. Vous serez surpris de voir que cela n’est pas moins réaliste pour autant.

À ce sujet on peut tenter une petite expérience :

Voici un rectangle vert et un rectangle violet, n’est-ce pas ? Vous êtes sûr de vous ? Attention il y a un piège… Car voilà ce qu’il peut se passer :

Les couleurs proches se mélangent entre-elles avec la distance ou si les détails sont trop petits. Vous retiendrez avec cet exemple l’importance de connaitre sous quelle taille et à quelle distance sera vue votre image. Cela vous montre aussi que même en ajoutant de petites taches de couleurs pour amener de la vibrance, vous obtenez tout de même la couleur désirée.

Pour donner un dernier exemple sur l’utilisation pratique des couleurs et faire le lien avec les contrastes, observez cette peinture de Seurat.

George Seurat (1859-1891) – L’arc en ciel (1883)


En débutant, l’une des règle que l’on suit c’est de saturer les couleurs de l’avant plan, dé-saturer dans le fond, afin de recréer l’illusion de profondeur. C’est ce que Seurat aurait pu faire avec le vert de sa peinture…

En regardant attentivement cette peinture, vous remarquerez que le vert utilisé n’est pas différent. Pourtant la sensation de profondeur est bien là…

Tout simplement car Seurat a joué sur les contrastes. Pour cela, au 1er plan vous pouvez voir en plissant légèrement les yeux à quel point il y a du contraste entre les touches de noir et de vert, encore plus avec l’enfant en blanc. Avec autant de contraste, on identifie cela au 1er plan. Maintenant observez le vert dans le fond du tableau. Autant en haut à gauche la couleur est claire mais très peu de noir est ajouté donc peu de contraste. Autant à droite l’amas d’arbre est sombre, mais encore une fois il y a très peu de contraste, on imagine donc le tout au loin.

Observez maintenant le brun jaune du chapeau à droite, avec le brun de la terre à gauche, et cette même couleur en bordure des bâtiments. Plus ou moins la même teinte et pourtant une sensation de profondeur. Conserver les mêmes couleurs assure une unité à l’ensemble de la peinture, tandis qu’un jeu subtil avec les contrastes suffit à donner l’illusion de profondeur.

Je suis content d’être tombé sur cette peinture car elle permet de mettre en lumière la différence subtile entre l’utilisation que va faire un pro des principes du dessin, et ce croit bien faire un débutant. Ce qui n’est pas toujours évident à expliquer sans exemples concrets, comme ici avec le « dé-saturer dans la profondeur tu te dois de faire » et le « jouer des contrastes, c’est parfois plus malin ».