Ombres et lumière – 02

Comment dessiner les ombres et comment les placer ? Qu’elle est leur influence sur votre dessin ? On va faire le tour de ces questions.

Lignes et formes

Les ombres peuvent être signifiées par des séries de traits. C’est leur association qui va signifier la surface occupée par l’ombre. On retrouve le principe des lignes qui deviennent des formes. On peut alors jouer sur ces séries de traits, leur inclinaison, longueur, l’incurvation, bref leur style, ainsi que jouer avec la forme même de l’ombre. Les formes données à vos ombres, ont autant d’importance que celles de vos personnages ou des éléments de votre décor. Elles aussi influencent le ressenti dégagé par votre dessin.

Des séries de traits ou des croisillons donnent souvent plus de forces que des ombres en aplat. Tout dépend de l’effet recherché. Évitez juste les croisillons perpendiculaires, c’est fade et rigide, de même que des croisillons trop répétitifs. La différence a du bon, c’est que dans votre trait il faut un peu folie ! Un peu de vie !

Comme on avait pu le voir dans les coups de pinceau donné sur une toile. Cela donne du mouvement et aide à diriger le regard dans des formes d’une même teinte. C’est comme les courants dans une mer, sans eux il n’y aurait pas de vie.

 

Unifier

Pensez à unifier les éléments de votre image grâce à une cohérence dans le style de leurs textures, ombres et lumières. Sans aller pour autant dans l’uniformisation, évitez par exemple des ombres ou textures posées en permanences de manière horizontale.

Il faut aussi que la pose des ombres (ou textures), concorde avec la surface de votre objet. Ils permettent une indication supplémentaire du volume, de la perspective, ainsi que des forces. Vous pouvez voir à la figure suivante que la dynamique des ombres va contribuer à donne de la force à un dessin, ainsi qu’à guider l’œil de votre lecteur. Afin qu’il glisse sur la surface de votre objet, et non sur celle du papier.

Gardez une logique quand à l’organisation de vos hachures, ne partez pas dans tout les sens. Cela peut paraître aller de soi sur des volumes géométriques, cela ne l’est pas toujours sur les volumes de vos personnages. C’est la connaissance des volumes du corps humain qui vous permettra de bien placer les ombres.

Petit conseil pour les débutants, évitez ce genre de dessin :

Une pomme reproduite avec trop de petits détails parasites, des hachures qui ne suivent pas la surface de l’objet. Il y en a partout, à croire qu’on a peur de laisser ne serait-ce qu’une petite partie du papier encore blanche. Suggérez, ne remplissez pas tout, et surtout apportez de la différence, comme à la figure suivante :

 

 

Plissez des yeux puis regardez chacune de ces pommes pour noter la différence. Rien à voir, pourtant la base du dessin était la même.

 

Comment placer les ombres ?

On choisit l’emplacement de notre source lumineuse, on trace les rayons de lumière allant vers le haut du cube. Nous choisissons en dessous de cette source lumineuse le point de fuite de l’ombre, puis nous traçons des lignes allant vers la base du cube. Les intersections de ces lignes nous donnent la forme de l’ombre.

Dans l’exemple du haut, la source lumineuse choisie possède des rayons divergents, c’est le cas de toute source de lumière ponctuelle et proche de l’objet qu’elles éclairent, comme une bougie ou une ampoule. Pour le cas de la lumière solaire, on considère que les rayons sons parallèles, compte tenu de l’immense distance entre le soleil et l’objet éclairé.  

Généralement les ombres sont dessinées au jugé. Sachant qu’il peut arriver dans un dessin d’avoir à modifier l’ombre pour qu’elle corresponde davantage à ce que l’on souhaite. Par exemple pour éviter qu’elle ne cache un élément que l’on veut bien visible, ou pour avoir une forme d’ombre particulaire, ou encore pour aider à guider l’œil. Du moment que l’ombre reste crédible, de petites triches sont possibles afin de porter les intentions de votre image.

Différents types d’ombres

Nous avons vu les ombres propres et les ombres portées. Il y a d’autres spécificités à prendre en compte, comme la diffraction ou les ombres colorées.

Pour ce qui est de la diffraction, il s’agit d’un phénomène qui fait que l’ombre à la base d’un objet aura un contour plus net que l’ombre s’éloignant de cet objet. L’ombre devient de plus en plus flou à mesure de s’éloigner de la base de l’objet, elle est moins obscure également.

Le temps influe aussi sur les ombres. Si la journée est ensoleillée, les ombres seront fortes et franches. Alors que par temps couvert, les ombres seront très douces et diffuses, voire inexistantes. La différence vient du fait qu’en plein soleil la source lumineuse est le soleil, alors que par temps couvert la source lumineuse est l’ensemble des nuages, comme un gigantesque réflecteur qui renvoie uniformément la lumière vers le sol.

Il y a aussi les ombres colorées à prendre en compte. En effet, une ombre n’est jamais que du noir ou un gris neutre, elle penchera plutôt vers une couleur. Par exemple, une source lumineuse légèrement rouge produira une ombre un petit peu verte. On retrouve ici l’utilité des couleurs complémentaires. De manière discrète, les ombres colorées apportent les couleurs qui manquaient à notre image, afin de contenter notre œil en lui offrant la totalité du cercle chromatique. Leur présence harmonise ainsi notre image.

N’oubliez pas que la lumière du soleil n’est pas toujours de la même couleur. Plus bleutée en journée, elle sera rouge-orangée au moment de se coucher. Sans compter les éclairages artificiels, ou encore les néons colorés des magasins…

Pensez aussi à dé-saturer les couleur à l’ombre par rapport à celles à la lumière, cela donnera plus de crédibilité à votre dessin. Je ne peux que vous conseiller la bande dessinée Blacksad pour observer les jeux de lumières et de couleurs qui y sont de toute beauté.

L’orientation de la source de lumière agit sur l’ambiance de votre image. Une lumière frontale permet d’effacer les ombres, pratique pour mettre en valeur un portrait en diminuant les volumes du visage (attention par contre à ne pas trop aplatir l’image). Un ombrage rasant quant à lui mettra en valeur les reliefs du visage en créant de nombreuses ombres.

Une lumière située derrière un personnage permet de le plonger dans l’ombre et de créer une sorte d’aura mystérieuse, par la présence d’un filet de lumière tout autour du personnage tandis que son centre reste obscur.

Un ombrage venant du bas, c’est l’effet « j’te raconte une histoire terrifiante ». Étant généralement éclairés par des sources lumineuses hautes, un éclairage situé plus bas que nous crée des ombres à des endroits où l’on n’est pas habitué à en voir, contribuant à l’aspect anormal de l’image.

Voici un exemple de Goya, qui nous démontre à quel point l’éclairage contribue énormément à l’atmosphère d’un dessin. Avec ici une zone de lumière très étroite, mettant en lumière les sujets principaux de l’image, le croque-mitaine et les enfants apeurées. Tandis que la mère a son visage dans l’ombre, comme si elle n’avait qu’un rôle secondaire tant elle est impuissante face à la situation.

Francisco Goya (1746-1828) – Que vienne le croque-mitaine (1799)


On peut donner plus d’espace à son image, en suggérant avec les ombres des éléments hors des limites du cadre. Comme dans cette illustration de Charles Robinson, où les ombres créent l’atmosphère angoissante des arbres. Cela aurait pu être un autre personnage, comme un géant, cachant de son ombre les deux enfants, ou toute autre idée.

Charles Robinson (1870-1937) – Hansel et Gretel (1911)


Autre exemple pour renforcer la perspective, en créant au sol un motif d’ombres de plus en plus petites. Cela aide à amplifier l’espace de votre image, surtout dans des zones où peu d’éléments vous permettent de jouer avec la perspective.

Christen Kobke (1810-1848) – Porte de la Via Secrupalis à Pompéi (1846)


Pour finir, voici une astuce donnée par Léonard De Vinci. Pour les dessins d’après nature, observez l’ombre que fait votre doigt sur votre dessin, afin de comparer cette ombre réelle avec celle que vous avez à dessiner. Tout simplement.


il y aurait beaucoup de choses à dire au sujet des textures, ombres et lumières, j’ai souhaité vous ouvrir quelques pistes. À vous de les compléter par vos observations et votre pratique. Par exemple en observant l’influence de la lumière sur différents matériaux, opaques, transparents, de couleur, etc. Il y a toujours énormément de choses à étudier, c’est de continuer votre exploration qui donnera de la richesse à vos dessins. On ne finit jamais d’apprendre !

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • La symbolique des lignes et formes donne du caractère à vos textures ainsi qu’à vos ombres.
  • Il vaut mieux suggérer plutôt que de mettre trop de détails.
  • Vos textures et ombres réagissent et concordent avec la surface sur lesquels ils se trouvent.

 

Place à l’action !

Entrainez-vous à dessiner les textures à partir de photos d’animaux, d’architectures variées et de végétation. Partir avec des photos vous permet de vous focaliser uniquement sur le rendu des textures. Évitez la lourdeur d’avoir trop de détails. Jouez d’un peu de répétition mais aussi de variation. Laissez du vide, cela vous fera gagner du temps pour réaliser l’image et l’espace laissé vierge va permettre au regard de circuler.
Qui dit mouvement, dit images vivantes.

 

Un bon exercice pour vous familiariser à la lumière est de dessiner votre portrait éclairé par votre lampe de bureau. En variant la position de votre source lumineuse, vous pourrez étudier l’influence de la lumière sur les volumes de votre visage et sur l’ambiance ainsi créée.