Textures, Ombres Et Lumières

Textures, ombres et lumières, contribuent au modelé des objets que vous dessinez en leur donnant consistance, ambiance, et en renforçant leur perspective. Ils assurent une unité entre les éléments d’une image, de manière à ce qu’ils fassent partie d’un même univers, et ainsi éviter le patchwork d’éléments posés côte à côte. Deux objets proches avec des éclairages venant pour l’un du ciel à gauche, pour l’autre du sol à droite, ne paraitraient pas appartenir au même tableau, de même s’ils avaient un rendu trop différent.


Textures et matières

Dur ? Cassant ? Molletonneux ? Des sensations à faire passer grâce à vos textures ! L’utilisation de la symbolique des formes étant alors d’usage. On retrouve en petit, ce qu’on avait en gros lorsqu’il fallait caractériser un personnage grâce aux formes.

Claude Joseph Vernet (1714-1789) – Pêcheurs pris par le vent (1770-1780)

 Attention à ne pas trop homogénéiser. Une texture est là pour suggérer la matière, pas pour l’être réellement. Appliquez alors votre texture par morceaux, aux endroits désirés mais sans nécessairement remplir tout l’espace, au risque d’affadir et d’aplatir votre objet. Le même conseil vaut pour les ombres.

Dans la peinture suivante de Turner, il n’a pas dessiné chacune des briques des bâtiments, il les a suggéré. Ce qui n’est pas aussi éloigné du réalisme qu’on pourrait le penser, puisque en vrai, la distance fait que certaines briques s’estompent pour n’apercevoir que les plus marquées et en relief. Souvent on tombe dans le piège de confondre un style réaliste et une idée de la réalité, où tout serait visible et net. Alors qu’en vrai, il existe également du flou et du suggéré.

Joseph Mallord William TURNER (1775-1851) – Église Sainte Marie, Douvres (1851)


De la même manière, on ne dessine pas toutes les feuilles d’un arbre, on les suggère par des gribouillis ! C’est ce qui donne plus de vie. Il faut apporter de la suggestion dans vos œuvres, cela permet une implication du lecteur qui comblera à sa manière les vides. Il a alors une part active et non plus seulement passive, à recevoir.

Pensez à varier vos textures, toutes les roches ne présentent les mêmes motifs, tout comme chaque type d’arbre possède des écorces différentes. Pour cela, étudiez, renseignez-vous sur internet, prenez des photos, il vous faut enrichir vos possibilités.

Une simple ligne peut suggérer différentes matières, qu’elle soit plus arrondis, cassée, rectiligne, etc. Dans la figure suivante, vous avez un exemple réalisé au début de mes études. Un premier dessin sans réinterprétation de la matière. Puis un deuxième, avec une réinterprétation (certes très légère) qui m’a été permis grâce à la pratique du dessin d’observation aux beaux-arts. Même avec un niveau de dessin similaire, penser à la texture et oser casser la ligne permet un résultat plus agréable à regarder.

 

Au début, on possède trop de rigueur à vouloir obtenir le trait juste, si bien qu’on en vient à dessiner le contour de ce que l’on voit au lieu de réinterpréter. Trouvez le plaisir d’oser gribouiller, de laisser votre geste libre et s’épanouir dans l’espace, cela est tout aussi important que la pratique de la structure dont nous avions parlé.

José Guadalupe Posada (1852-1913) – Calavera de Oaxaca (1910)


Dans cette illustration de Posada, on peut voir que les lignes de surfaces contribuent à la dynamique du squelette et au rendu des textures. Très dynamiques pour le pantalon, des hachures plus fixes pour le sombrero mais tout de même courbées pour épouser sa forme ronde.

Georges Seurat (1859–1891) – Vue de Fort Samson (1885)


Un deuxième exemple très discret. Cette peinture de Seurat donne une idée de l’utilisation des lignes pour amener une dynamique dans les formes. Observez les coups de pinceau laissés sur la toile, de petits coups verticaux pour refléter l’herbe qui pousse, des coups horizontaux pour le calme de la mer, et des touches plus nuageuses, comme en apesanteur, pour représenter le bleu du ciel. Une dynamique adaptée à ce qui doit être représenté. Je vous l’ai dis, étudier l’œuvre des grands maîtres de l’image, qu’elle soit peinte ou filmée, est une grande source d’information. C’est votre deuxième professeur, après la nature elle-même.