Mixer espace et surface

On peut aussi mixer dans le rendu même d’une image, le coté espace et surface. On peut par exemple lier les ombres entre-elles, qu’elles soient celles du personnage ou bien celles d’objets et de l’arrière plan. Cela aide à unifier l’image.

Nicolae Grigorescu (1838-1907) – Autoportrait


Autre exemple qui me vient à l’esprit, on pourrait très bien se servir de cela pour fondre les ombres d’un décor. Imaginez un décor de ville ancienne, rempli de détails, fenêtres et ruelles se fondant les unes aux autres. Cela accentuerait la déroute d’un personnage perdu dans un tel dédale ! En fondant les ombres, ou pourquoi pas même les couleurs, cela annihile la profondeur de l’image, donc les échappatoires du personnage. Coincé à jamais dans la seule surface de l’image. Ou encore, imaginez un prisonnier fondu dans l’ombre du coin insalubre de sa prison, ne faisant plus qu’un avec.

Un mur de vigiles en costards noirs ? Hop on fond leurs surfaces pour accentuer l’effet de mur infranchissable. Une foule en colère qui fait grève ? De les fondre entre eux par une même couleur ou les ombres intensifierait le fait qu’ils soient tous réunis pour une même cause.

En voilà des idées de pratique, il y a tant de possibilités, en voici d’autres, cette fois-ci illustrées par vos prédécesseurs.

Odilon Redon (1840-1916) – St John (1892)


Fondre la tunique d’un personnage avec son décor dégage de l’élégance. Le personnage est tellement en harmonie avec son entourage, qu’il se fond naturellement à lui. Une technique qui peut être utilisée pour des illustrations de mode.

Giovanni Boldini (1842-1931) – Portrait de la marquise Luisa Casati avec un lévrier (1908)


Une seule silhouette, en une chimère mi-femme mi-animale.

Vous pouvez utiliser le même principe pour dessiner une foule située en arrière plan. Les personnages principaux ont droit à tous les détails, alors que la foule, nombreuse, se lie par une seule teinte. Cela permet de les effacer au profit du sujet principal. Si chaque personnage de la foule était pleinement détaillés, l’œil ne pourrait s’empêcher de les regarder, d’une personne à l’autre, d’un détail à l’autre. Atténuez la foule afin qu’elle soit ressentie, plus qu’elle ne soit vue.

Et le dessin de contour alors ? C’est aussi un apport de la surface sur l’espace. En effet, le contour des objets n’existe pas autour de nous. L’amener dans un dessin, permet de « surligner » les volumes et de mettre en valeur leur surface.

Plus le contour sera gros, plus l’objet semblera près de nous, ramener à la surface de la feuille. Plus le contour disparait, plus l’objet semblera dans la profondeur de l’image.

On en a un exemple avec cette peinture de Gauguin, où les pieds d’Annah possèdent un léger contour qui les rapproche de nous, permettant de ramener de l’espace dans une composition très plate. Même si l’effet est subtil et ne se verrait pas à premier abord, il influence tout de même l’espace ressenti dans l’image.

Paul Gauguin (1848-1903) – Annah la Javanaise (1893)

  Pour une fusion de l’espace et la surface, vous pouvez regarder sur internet les œuvres d’Hanoch Piven, célèbre pour ses caricatures de célébrités, qu’il réalise en mixant objets réels et surfaces de couleur. Il offre ainsi une double lecture de l’image, le portrait et la symbolique des objets utilisés.