La perspective pratique !

En pratique il va vous falloir des outils efficaces pour simuler de la profondeur. C’est justement des observations que nous avons faites que nous pouvons déduire ces outils. Les voici compilés pour vous, afin de faciliter vos dessins en perspective.


L’illusion de profondeur

Pour donner de la profondeur à une surface 2D, nous avons plusieurs outils à notre disposition, je les classe en trois catégories : l’échelle, la superposition et le contraste.

Jouer avec l’échelle

Notre vision humaine nous facilite le dessin en perspective. La preuve, observez à quel point notre regard imagine de la profondeur, là où il n’y en a pas réellement :

Nous sommes tellement habitués à voir en trois dimensions, que nous avons même du mal à ne voir que trois carrés de tailles différentes. Il en va de même pour une ligne. Ainsi, même pour un dessin au trait, il est possible d’avoir une indication de volume en modulant l’épaisseur de la ligne.

On peut alors jouer avec l’échelle de toute autre distance, comme avec la distance entre deux lignes parallèles ou la distance entre des poteaux posés à égale distance. On peut aussi diminuer les distances situées dans un seul objet qui s’éloigne dans la profondeur, comme on en a l’exemple à droite.

 

Il arrive souvent que dans les livres d’art, l’échelle des objets et la convergence des lignes, soient classés comme deux principes différents. Pourtant les deux viennent de la diminution des distances dans la profondeur, qui est due à notre cône de vision.

 

Un bon exemple de ce principe se trouve dans cette peinture de Piranesi, avec la convergence des lignes parallèles, la diminution de la taille des colonnes et de l’espace entre elles.

Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) – Temple in Paestum Sun

 Petite anecdote croustillante, saviez-vous que ce principe de diminution des échelles a été utilisé dans le film Star Wars ? Pour donner l’impression que le hangar de la base des rebelles était plus grand qu’il ne l’était, des enfants dans des costumes de pilotes ont été placés à l’arrière plan. Ainsi, malgré les contraintes d’un décor trop petit, avec un peu d’astuce il avait été possible d’obtenir l’effet voulu.

 

La superposition d’objets

Difficile de ne pas y voir un cercle derrière l’autre, non ? Pourtant ce ne sont que des lignes sur une feuille. Encore une fois notre œil fait tout le boulot. Même si je vous montre la figure suivante :

 

Lorsqu’on reproduit sur un dessin, le fait réel qu’une partie d’un objet est cachée par celui qui est devant-lui, l’œil aura du mal à voir autrement.

Ce chevauchement existe aussi pour les volumes d’un même objet, J’appelle cela les lignes de liaison. Ces lignes de liaison sont vos meilleures alliées pour le dessin de personnage. Elles sont indispensables pour indiquer au lecteur quelle forme se trouve devant l’autre.

 

On peut voir ici que les deux silhouettes sont pourtant identiques. À elles seules, les lignes de liaisons changent complètement la perspective. Observez attentivement les dessins de nombreux artistes, vous rencontrerez en permanence ce genre de lignes. Vous savez désormais à quoi elles servent. Passant de ligne extérieure à ligne intérieure, elles indiquent la perspective et lient les formes entre elles, assurant la gestuelle nécessaire à la vie de votre personnage. Autre exemple plus complexe à la figure suivante, par Michelangelo.

Michelangelo (1475-1564) – La création d’Adam (1510)

 

Les différents contrastes

Le contraste est le plus complexe de nos trois outils pour dessiner en perspective. Il est très vaste, que ce soit avec les sept types de contrastes colorés ou d’autres types de contrastes, comme celui entre les valeurs de luminosité, de quantité de détails, de netteté et de toute autre différence.

Avez-vous déjà remarqué à quel point les teintes d’un paysage deviennent pales à mesure de s’éloigner de nous ? Si vous voulez un mot là-dessus, on appelle ça la perspective atmosphérique. Si l’on reproduit ce phénomène réel sur une surface 2D, encore une fois le cerveau interprète cela comme de la profondeur.

On pourrait tout aussi bien faire l’inverse…

Vous commencez à en avoir l’habitude, il n’y a pas de règles, seulement des principes à utiliser suivant vos intentions. Si vous souhaitez attirer l’œil vers le fond du tableau et mettre en valeur ce qui s’y trouve, vous pouvez faire l’inverse de ce qui se fait habituellement : estomper le 1er plan avec des couleurs froides, puis attirer vers l’arrière-plan grâce aux couleurs chaudes et plus marquantes.


Camille Pissarro (1830-1903) – Deux Femmes discutant au bord de la mer (1856)

On retrouve dans cette peinture de Pissarro une perspective atmosphérique, où la montagne semble se fondre avec la mer et le ciel. Autre contraste, de luminosité cette fois-ci entre la femme à la robe bleue, qui présente une ombre bien marquée et une zone de lumière franche. Puis un contraste déjà moindre sur la deuxième femme, pour encore diminuer entre la montagne et le ciel. Cette succession de contrastes de plus en plus faibles, crée la profondeur de l’image.

Nous aurons l’occasion de revenir sur les contrastes ainsi que sur la lumière et les ombres, qui eux aussi (par le contraste qu’ils créent) contribuent à donner du volume à vos œuvres.

Pour résumer, voici les trois outils à votre disposition pour simuler de la profondeur :

 

Ces trois principes sont tellement efficaces, qu’ils permettent de tricher et de tromper nos sens. Observez bien cette illustration de William Hogarth, serez-vous y retrouver les principes d’échelle, de superposition et de contraste ? Ce sont eux qui permettent de dessiner des perspectives impossibles.

William Hogarth (1697-1764) – Satire sur une fausse perspective (1754)