Une vision binoculaire

Pour voir en quoi le fait d’avoir deux yeux influence notre vision des choses, je vous propose un petit jeu. Vous allez mettre votre main bien en face de vous, de manière à voir son tranchant. Puis comme sur l’image, gardez les deux yeux ouverts et approchez votre main de votre nez.

Et là… magique, vous voyez les deux faces de votre main !

 

Retentez l’expérience en fermant un œil. Cela ne marche plus… car voici ce qu’il se passe :

Le cerveau se sert des deux «images» fournies par les yeux pour en recomposer une en volume. C’est ainsi que l’on peut voir plusieurs faces de notre main en la rapprochant suffisamment de nous. Mais pourquoi cela marche quand la main est proche et pas lorsqu’elle est éloignée ? Tout simplement parce que de près, votre main n’est pas vue sous le même angle par l’œil droit que par l’œil gauche. Les deux «images» récoltées par le cerveau sont très différentes d’où cette distorsion de l’image qui nous paraît irréelle tant elle n’est pas habituelle.

En général, ce que nous voyons n’est jamais aussi proche de nous, la déformation de la perspective n’est donc pas aussi apparente. De loin, c’est presque comme si les deux yeux voyaient la même chose. Il existe tout de même un léger décalage entre les deux, que vous pouvez observer en mettant une main devant vous et en fermant l’œil gauche ou l’œil droit successivement.

 

La vision binoculaire est source de trois dimensions puisque le cerveau reçoit deux «images» différentes pour en composer une seule en relief. Elle permet alors une meilleure appréciation des distances et un champ de vision plus large. Là où avec un seul œil nous atteignons un champ visuel de 150° environ, le fait d’avoir deux yeux nous permet d’atteindre près de 180°.

  Certains animaux ayant leurs yeux placés latéralement de leur tête vont même jusqu’à atteindre 360° de champ visuel ! De quoi ne pas se faire surprendre par les nombreux prédateurs.

 

L’utilité de la vision binoculaire en dessin

Cette vision déformée des objets très proches est probablement l’une des sources d’inspirations des cubistes. Autour des années 1910, ils ont ainsi joué avec la représentation du réel, déstructurant leurs figures et les représentant sous de multiples angles de vues impossibles dans la réalité.

 

Une table impossible à voir dans la réalité, tout comme dans la peinture de Picasso, «Les 3 musiciens». Vous pouvez trouver sur internet d’autres exemples saisissants tel que les peintures «Le grand dragon” ou «Le nombre de la bête est 666″ de William Blake (1757-1827) qui bien avant le cubisme, donne un coté monstrueux et irréel à ses personnages par la représentation de plusieurs angles simultanés. Ses personnages semblant comme élargis, étirés en une perspective difforme.

Avant de vous lancer sur le papier, posez-vous la question de savoir ce que vous souhaitez transmettre avec votre image. Voulez-vous que le lecteur se sente proche de votre sujet, comme s’il partageait le même espace que lui, vivait dans son environnement proche ? Quitte à déformer à outrance vos personnages et décors pour leur donner un coté monstrueux et irréel ? Ou au contraire préférez-vous éloigner le lecteur du sujet de votre dessin, dans une position plus calme de contemplation ?

La vision binoculaire d’un objet proche ou lointain n’est pas étrangère aux notions de grand-angle et longue focale de la photographie. Nous aurons l’occasion d’y revenir.