Pourquoi se passer de la gomme ?

Certains se demandent si la gomme est à proscrire ou non, car des professeurs l’interdisent là où des professionnels ne voient pas pourquoi s’en passer. C’est vrai qu’on a trop tendance à nous dire qu’il ne faut pas utiliser de gomme sans expliquer complètement pourquoi, du coup à la moindre occasion on transgresse la règle et hop un p’tit coup de gomme !

En vous expliquant ce principe de ne pas utiliser de gomme, c’est vous-même qui allez prendre l’habitude de vous en passer, puisque vous allez en comprendre les bienfaits. Même si la question de la gomme peut paraître anecdotique, je tiens à la développer ici car c’est une question d’intention, et l’intention est justement ce qui vient avant tout dessin.

Pourquoi donc se passer de la gomme ? Lorsqu’on débute on a l’envie de faire de beaux dessins comme nos artistes préférés. Cette envie là, bien que nécessaire pour nous motiver, amène aussi des intentions qui n’aident pas à apprendre le dessin. On cherche à faire un beau dessin, la gomme nous paraît alors un outil indispensable pour arriver à ce but et camoufler nos maladresses de débutant.

La gomme est très efficace pour cela, mais… voilà ce qu’il se passe : on passe à coté d’un point primordial en dessin, accepter ses “erreurs” et libérer son trait de ses maladresses.

À mes débuts, il m’avait été conseillé par un dessinateur professionnel de ne dessiner qu’au stylo. Je ne comprenais pas bien pourquoi, je ne maîtrisais pas mon trait, comment faire directement au stylo ? Et si je testais juste par curiosité ? Habitué à cette époque au recopiage, je me mis à recopier au stylo quelques dessins que j’aimais pour la finesse de leur trait (le manga City Hunter, plus connu sous le nom de Nicky Larson).

Après de premiers essais malhabiles, quelque chose de nouveau arriva. N’ayant plus cette béquille de la gomme à laquelle je faisais sans arrêt appel, il a bien fallu que je m’y prenne autrement : le premier trait devait être le bon, plus le droit à l’erreur. Je me mis alors à davantage ressentir et à anticiper le trait que j’allais faire. À ne plus hésiter et au contraire guider le crayon en un geste déterminé et fluide, ainsi qu’à accepter de petites “déviances” dans le trait. Oui car chercher la perfection à chaque trait peut nous restreindre. Là où accepter de petites variations, libère notre trait et le rend bien plus vivant. Après tout, le lecteur ne voit pas la différence entre notre trait “parfait” en tête et celui qui est au final sur le papier. Pour lui, le trait sur le papier, c’est le seul qui existe.

C’est donc non seulement un trait plus vivant et fluide qui s’installa mais aussi une toute nouvelle rigueur dans ma méthodologie de travail. Je prenais davantage de temps à visualiser ce que j’allais faire, au lieu de me ruer maladroitement sur le papier.

Pour résumer, tout dépend de votre intention. Ne jamais utiliser de gomme n’est pas une fin en soi, ce n’est pas non plus une faute de l’utiliser pour corriger vos dessins. C’est par contre une bonne chose de ne pas l’utiliser au début de votre apprentissage. Cela vous permet de progresser. Rien ne vous empêche de l’utiliser pour des illustrations finies, où il serait bien bête de tout recommencer pour un trait de travers.