L’entrainement de votre main

Après s’être penché sur l’importance de travailler vos yeux et votre sens de l’observation, passons à vos jolies mains. Peut-être que votre manque de maîtrise et votre incapacité à représenter le trait que vous aviez en tête vous perturbe. Ou encore, comment réussir à obtenir un trait vivant, comme on entend souvent ? C’est justement les points que nous allons voir ensemble, mais tout d’abord une petite précision :

 Ce n’est pas la main qui fait le dessinateur mais l’œil. Même en secouant un dessinateur pour l’empêcher de faire des traits droits il arrivera à dessiner. S’il est bon il se servira même des secousses pour faire un dessin adapté à ce style !

 

Croquis plutôt que dessins finis

Les croquis sont essentiels, ils constituent un entraînement régulier et constant qui suivra le dessinateur durant toute sa vie. Une pratique qui s’inscrit dans la durée.

 

Trop souvent on ne prend en compte que la partie illustration finie du dessin, ce n’est pourtant pas le plus primordiale lorsqu’on débute et que l’on souhaite progresser. Les illustrations finies sont pour votre public comme la face visible de l’iceberg, tout le reste, les innombrables croquis et recherches sont justement ce qui amène votre compétence en dessin.

Autrement dit, si vous vous jetez tout de suite sur de grandes illustrations avec des décors compliqués et un tas de personnages, vous allez vous perdre dans les détails et au final perdre un temps précieux que vous auriez pu consacrer ailleurs.

Prenez le temps pour apprendre l’essentiel, comme l’anatomie, la perspective, la composition, la lumière, toutes ces points qui vous permettront ensuite de réussir vos illustrations.

 Si vous ne le faites pas maintenant c’est plus tard, lorsque que vous serez empêtré dans vos habitudes, que vous aurez tout à désapprendre pour tout reconstruire. On pourrait au final dire que passer beaucoup de temps sur un dessin alors qu’on débute, revient à consacrer beaucoup de temps sur les mêmes erreurs au lieu d’aller vite en faire sur d’autres dessins. C’est qu’il faut connaître toutes les erreurs possibles avant de réussir à faire de bons dessins !

Bien entendu, il est parfois important de passer du temps sur un dessin car on y apprend des choses complémentaires à la pratique du croquis, mais trop souvent les débutants passent des heures et des heures sur des croquis et n’osent jamais pratiquer des dessins de 5 minutes, 2 min voire même 30 secondes ! Si si, je vous assure que c’est possible. C’est peut-être déroutant au début mais primordial pour apprendre. Cela est même devenu mon type de dessin favori, les croquis rapides possèdent plus de liberté et de gestuelle dans le trait que des dessins plus longs. Leur pratique est des plus vivifiant !

En réalisant des croquis, il est important que vous ne vous souciez plus (seulement) du résultat, un dessin joli ou moche, un dessin raté ou réussi, l’intérêt n’est pas ici. C’est le processus qui compte. Les difficultés et blocages que vous avez rencontrés, la manière dont vous avez su les passer, et toute cette recherche pour trouver comment y arriver.

Il faut remplir des feuilles entières de mains, visages, ombres, paysages, objets. Tout ce qui vous tombe sous les yeux ou dans votre tête. Vous verrez qu’en seulement quelques feuilles, vous aurez progressé dans la maîtrise de l’objet dessiné, mais aussi de manière plus générale dans l’affûtement de votre œil et l’aisance de votre main.

Voyez cela comme une pratique personnelle, presque intime. C’est pour vous que vous faites tous ces croquis, le regard de l’autre n’a pas à intervenir ici. Pour une fois, vous pouvez vous lâcher, oser et vous faire plaisir.

Pour le dessin sur ordinateur c’est le même principe. Il est conseillé de faire un maximum de “speeds”, c’est-à-dire d’illustrations faites en un temps limité (à la louche: moins d’une heure pour des dessins complexes en couleur, pour d’autres, moins de 15 minutes). La pratique des croquis rapide est une porte ouverte pour expérimenter et trouver par hasard de petites merveilles : oh un personnage intéressant ici, oh joli cet assemblage de couleurs, ah tiens c’est un peu “raté” ici mais il y a un petit quelque chose que je pourrais reprendre pour un autre dessin. Des trouvailles qui consciemment n’auraient pu s’exprimer. En clair : en dessinant rapidement, vous n’avez pas le temps de vous censurer !

Là où la pratique du dessin d’observation et l’entrainement de l’œil permettent de nourrir votre imagination, la pratique du croquis, elle, permet à votre imagination de s’exprimer librement. Un des exercices que je pratiquais pendant mes études, était de faire des séries de dessins de 1 minute chacun. Je remplissais des feuilles et des feuilles de croquis en partant dans toutes les directions possibles, sans me soucier si c’était bien ou non, qu’importe ! Résultat : que de surprises et de personnages repris ensuite pour développer mes histoires !

Tout n’est pas aussi idyllique non plus, je me rappelle à quel point mes premiers essais étaient complètement catastrophiques, d’autant plus que dessiner rapidement n’était pas mon fort à l’époque. Et pourtant, encore une fois, avec la pratique et après quelques feuilles, le trait se délie tout autant que l’imagination. (Je parle évidemment de feuilles de papier. Pour dessiner.)