Voir les choses telles qu’elles sont

Aaah vous croyez bien voir ? Je vais vous montrer à quel point ce n’est pas le cas.

Une des phases dans l’apprentissage du dessin est d’apprendre à voir les choses telles qu’elles sont, et cela passe par une synchronisation oeil-cerveau-main. On ne se rend pas compte combien on voit mal et à quel point il nous est possible d’améliorer notre sens de l’observation, il nous faut tenter de saisir la réalité sur papier pour se rendre compte de nos lacunes. Quelle surprise de voir les nombreuses différences entre notre dessin et ce qu’on a sous les yeux. Pourtant on voit bien que tel objet est devant l’autre, que celui-ci est plus gros qu’un autre. Pourquoi n’arrivons-nous pas à dessiner correctement ne serait-ce qu’une simple table ? Notre ego en prend un coup, nous qui pensions bien saisir ce qui nous entourait, on se rend compte que nous avons bien à apprendre.

Vous verrez par la pratique du dessin d’observation que votre œil s’améliore petit à petit, vous permettant ainsi de différencier d’infimes nuances dans les proportions ou les angles d’un objet, des différences qui échappaient à votre regard autrefois. Afin de vous aider dans cette pratique j’ai quelques conseils qui peuvent vous aider.

 

Dessinez des formes et non des objets

Un des conseils est d’oublier que nous sommes en train d’observer et de dessiner un objet en particulier. Oubliez le mot, oubliez l’objet et focalisez vous seulement sur ses formes. C’est justement parce qu’on croit connaître un objet qu’on se trompe facilement jusqu’à représenter des détails qui n’étaient même pas présents dans cet objet !

Avec la pratique, vous allez voir que dessiner les objets qui vous entourent est une vraie redécouverte de votre environnement. Vous ne survolez plus les choses, vous observez. Vous n’interprétez plus seulement les choses avec votre intellect, vous dépassez le voile de vos interprétations et de vos préjugés pour voir, simplement voir votre environnement tel qu’il est. Un angle ici, tout en douceur là, oh tiens c’est rigolo cette forme-ci… Vous (re)découvrez de petits détails dont vous niiez l’existence, s’émerveiller au quotidien de ces petites découvertes, voilà de quoi contribuer à votre sourire.

 

Notre cerveau, ce foutu flemmard

Un des points qui fait que nous n’arrivons pas à retranscrire correctement ce que nous avons sous les yeux est que notre cerveau est un sacré flemmard.

Notre cerveau aime le calme, que tout soit droit, symétrique et de proportions similaires. C’est bien moins fatiguant pour lui que de la différence à tout va, si bien qu’il a tendance à mal interpréter ce qu’il voit afin d’aller à l’économie d’énergie.

Il uniformise tout ! Il affadit les contrastes, homogénéise les couleurs, ne voir pas de subtiles différences dans les proportions et bien d’autres choses. Nous l’avons vu dans la partie sur les fondamentaux, il faut souvent faire l’inverse et ne pas centrer, ne pas tout mettre horizontal et vertical mais oser la diagonale, oser les différences. Le dessin d’observation va alors nous permettre de rééduquer notre cerveau afin d’être capable de l’utiliser au mieux. Le dessin d’observation et sa contrepartie inévitable : prendre des mesures !

 

L’importance des mesures

Lorsque j’étais étudiant, en prenant des mesures sur mes dessins ou en observant les dessins d’autres élèves, je me suis rendu compte que le cerveau atténuait souvent les raccourcis de la perspective. Comme sur l’image ci-dessous où il va avoir tendance à représenter la table d’un point de vue plus haut que là où nous sommes en réalité. Comme s’il était plus simple pour lui d’aplatir la table au lieu de la voir en perspective. Quel flemmard !

 

Surveillez aussi vos angles dans vos dessins. D’un 60° le cerveau passe à un 80°. D’une diagonale franche il ne reste alors plus qu’une timide intention qui se rapproche de la perpendiculaire. Voilà pourquoi il est bon de tracer les lignes de perspectives quand on débute. Autant prendre toute l’aide possible pour démarrer correctement vos dessins. Pour vérifier vos dessins vous avez à votre disposition un outil précieux :

 

Le crayon comme unité de mesure

L’outil indispensable et le plus à porté de main pour prendre des mesures est tout simplement votre crayon. Au lieu de vous embêter à sortir une règle, prenez une partie de votre crayon qui vous servira d’unité de mesure relative. Relative car vous n’aurez pas de centimètres pour vous guider, on va faire encore plus simple et simplement comparer les objets les uns au autres. Pour ce faire prenez soin de bien tendre votre bras, le crayon étant plus ou moins petit s’il est proche ou non de vous, autant bien tendre le bras afin de garder toujours le même rapport de taille. Puis déterminez une zone entre le bout du crayon et votre pouce, ce sera votre unité !

Voilà quelques pistes pour vous en servir :

  • Observez combien d’unités vaut telle ou telle partie d’un objet ou d’un corps humain. Si à la Xe unité on arrive au nombril, il faudra le vérifier et faire de même sur votre dessin.

  • Combien d’unité fait un objet par rapport à un autre. “Tiens cet immeuble fait deux fois la hauteur de cette poubelle au premier plan.”

  • Étudiez les grandes lignes de votre dessin. Cela vous permet d’observer la hauteur relative des articulations par rapport au reste du corps. Par exemple dans une pose accroupie, peut-être que les genoux sont sur la même ligne horizontale que les épaules.

  • Étudiez les angles de votre dessin, le crayon permettant d’avoir un repère horizontal ou vertical pour observer plus précisément les diagonales présentes dans votre image. Cela permet d’évaluer plus facilement l’angle.