De la ligne à la forme

Comme on l’a vu, en étirant la largeur d’une ligne elle va passer successivement d’une force progressive à expansive. Ces deux forces fonctionnent conjointement et se retrouvent en pratique dans les éléments construits par l’homme, ceux présents dans la nature ou même dans vos dessins.

Dans la vie de tous les jours, enfin… si ça vous arrive de tricoter, vous avez votre bobine de laine, une forme, qui une fois déroulée devient votre fil à coudre, une ligne, qui à la fin pourra devenir un pull, c’est à dire une forme. En dessin, le même phénomène est observé.

Par exemple, vous dessinez une nature morte de différents objets posés sur une table. Chacun d’eux a sa propre forme. Mais ceux-ci mis côte à côte, l’œil ne distinguera plus seulement chaque objet, tout comme il ne verra plus forcément les fils d’un pull. Il se focalisera plutôt sur la forme résultante.

 

C’est ainsi que vous retrouvez la symbolique des formes déjà évoquée, dans les groupes d’objets ou même de personnages que vous dessinez. Donc en dessinant, ne prenez pas en compte seulement ce que vous dessinez et leurs détails intérieurs. Le placement des objets entre eux à une énorme influence.

Un ensemble de bouteilles (lignes) sera perçu par le cerveau comme une forme générale, et obtiendra ainsi la symbolique relative à cette forme. Ce qui entraîne également qu’un objet faisant parti d’un groupe sera moins vu, que s’il est isolé de ce groupe. J’en ai eu l’expérience en vrai : je cherchais désespéramment le sel alors qu’il était sous mes yeux, mais caché au sein d’une forme générale contenant un bon gros bazar !

Il va de même pour des dessins exécutés d’une seule ou plusieurs lignes :

Un enchevêtrement de lignes sera vu par le cerveau comme une forme. Ici ce n’est pas figuratif, mais en dessin de modèle vivant, c’est le même principe. C’est également cela qui entraîne l’importance de dessiner bien « silhouette ». Où même en silhouette noire, la gestuelle de notre personne doit être comprise, c’est à dire que les forces expansives et progressives doivent être bien distinctes.

Comme ici où la patte (ligne progressive) sort de la silhouette, c’est elle qui donne l’idée de mouvement. Alors que le reste sont surtout des formes expansives qui contiennent l’information : expression du visage, le masse du personnage, etc. Le mouvement lui est obtenu grâce à la ligne ! Si cette sorte d’autruche avait était dessinée de face avec la silhouette de la patte à l’intérieur de la silhouette du corps, le mouvement n’aurait pas été perçu aussi intensément. Il aurait été noyé dans la forme expansive du corps.

On a ainsi à la fois la dynamique de la forme et celle de la ligne, en permanence dans tout dessin ! Idem dans les coups de pinceaux que vous laissez visibles dans une toile. La dynamique de la ligne va injecter de la vie, du mouvement, dans les formes de votre tableau. De même pour les ombres en hachure… On reparlera de tout cela dans les chapitres concernés.

Pour un personnage, les lignes, telles que les jambes ou les bras, vont créer des formes dont la symbolique influe sur l’impression dégagée. Avec en haut à droite, la stabilité du triangle reposant sur sa base. En bas à gauche, on pourrait même y voir le symbole du nucléaire, trois triangles qui ramènent au centre, reflétant le coté dangereux du personnage. Puis en bas à droite, le mur donné par le rectangle des bras.

 

Voici un autre exemple du passage de la ligne à la forme, dans le domaine de la 3D cette fois-ci. Le modelage (modeling) d’un personnage va se faire à partir d’un maillage qui va consister en lignes allant d’un bout à l’autre du personnage. Modelant au mieux son anatomie pour lui permettre de bouger ensuite. Pour mieux définir certaines zones, on va créer des boucles (loops). Oh tiens, des formes qui comme par hasard servent à maintenir certaines zones du personnage, souvent les éléments du visage ou autour des muscles. On retrouve ainsi la force progressive comme la force expansive.