Forces progressives et expansives

On a vu que la ligne et la forme portent en elles un type de force, la force progressive pour la ligne, la force expansive pour la forme, qui chacune ont leur utilité. Comme de guider le regard pour une ligne, et de contenir des informations pour une forme. Toutes les utilisations des lignes et formes que nous avions vu plus tôt se retrouvent ici également. D’autant plus que tout objet consiste en un dosage de ces deux forces.

 

C’est dans le magnifique livre Composing pictures de Don Graham que j’ai découvert pour la première fois ces deux forces. Je n’aurais pas trouvé la moitié de ce que j’ai trouvé sur le dessin si je n’avais pu me servir de son livre comme tremplin. Don Graham était professeur à la Chouinard Art Institute (désormais CalArts) et avait été choisi par Walt Disney pour donner des cours du soir à ses animateurs, à l’époque de la réalisation de films tel que Blanche neige et les sept nains ou encore Bambi. Si vous voulez d’autres approfondissements sur le dessin, lisez son livre, c’est une vraie mine d’or.

Il a intitulé ces forces dans son livre « force dispersive et progressive ». Je préfère utiliser le terme de « force expansive ». Le terme dispersif porte en lui une idée d’éparpillement, alors qu’expansif, comme on l’a vu, possède une étymologie qui concorde à la fonction de cette force.

Dans la figure suivante, on va reprendre l’exemple qu’il donne sur le passage de la ligne à la forme. Commençons par tracer une ligne. À force d’étendre sa largeur, elle passe d’une ligne épaisse à un rectangle peut être ? Ou est-ce toujours une ligne très épaisse ? Si l’on continue voilà que nous perdons la ligne pour avoir un carré. Un carré qui se transforme à son tour en un rectangle jusqu’à retrouver à nouveau la ligne :

 

En jouant avec les proportions, une même surface passe d’une ligne à une forme, et inversement. c’est à chaque fois la fonction qui change, alternant entre force progressive et expansive. On l’a vu, un rectangle vertical, horizontal ou encore un carré ou une ligne n’apportent pas le même ressenti. Ici on va encore plus loin puisque l’on prend en compte les forces derrière ces formes, c’est elles qui sont responsables du ressenti dégagé par les formes.

Pour être sûr que vous compreniez bien ces deux forces, passons à des exemples plus visuels, présents dans notre chère nature.

Avec ce que nous avons vu sur les lignes et formes, lorsque l’on regarde l’un de vos dessins, on doit être capable de comprendre la fonction de l’élément, rien qu’à sa forme. Comme la forme allongée du manchot pour favoriser les glissades et son aérodynamisme aquatique. Ou encore la forme ronde du nid d’oiseau pour protéger son contenu. Un chouilla plus de force progressive pour l’œuf, ovale, car la vie, donc l’activité est en train d’y naître. La tortue, toujours la forme pour la protéger, avec plus de dynamique progressive car il faut bien qu’elle bouge un peu aussi ! Là ou d’autres comme un mille-pattes ou un serpent profiteront d’une force progressive beaucoup plus prononcée, pour plus de mouvement.

Une forme est toujours le reflet de forces sous-jacentes. C’est ce qui détermine ensuite sa fonction. Voilà ce à quoi vous devez pensez à chaque fois que vous inventez ou dessinez un objet, un personnage, des décors, tout. Cela peut aussi se trouver dans l’attitude corporelle de vos personnages, tout comme un oiseau qui se replie en boule pour ne pas se faire croquer par un vilain minou. On retrouve la dynamique du cercle, à même de dévier les attaques du chat.

On peut résumer ce principe par :

Force -> Forme -> Fonction

 

Trois f à la suite, c’est facile à retenir. Encore un principe fondamental qui sert à bien des choses, hors dessin, dans de nombreuses applications pratiques de la vie de tous les jours… J’y reviendrais un de ces quatre, ailleurs, restons ici dans le domaine du dessin avec justement ses applications pratiques.