L’engendrement des lignes et formes

Si vous pensiez avoir tout lu sur les lignes et formes, vous allez voir qu’elles nous cachent encore bien des choses. Au cours de ce chapitre, nous allons parler de la base même de l’acte de dessiner, où tout commence : du point !

La phase initiale de réflexion mise à part, le moment où notre dessin nous apparait concrètement, c’est lorsque l’on pose le crayon sur la feuille. La génération de tout dessin traditionnel commence par ce contact, que l’on peut voir à la figure suivante.

Un point qui représente toute l’énergie latente, contenue jusqu’à pouvoir se libérer sous la forme d’un dessin. À partir de là, vous avez deux choix : déplacer progressivement le crayon jusqu’à créer une ligne ; ou étendre ce point jusqu’à créer une forme. Prenons le premier choix, en appliquant une force pour déplacer progressivement le crayon, vous allez créer une ligne. Vous pouvez déplacer en droite, courbe, zigzag, ou même réunir la ligne. Elle devient alors une forme…


Deuxième possibilité. À partir du point, si vous étendez le point comme une tache d’encre. L’énergie contenue dans le point se répand jusqu’à définir une forme. Vous pouvez même continuer à étendre cette forme dans une direction, jusqu’à former à nouveau… une ligne !

Coïncidence ? À quoi cela peut bien servir ? Patience, on va y venir pas à pas. Ces deux manières de générer un dessin amènent deux notions primordiales en dessin :

 


LA FORCE PROGRESSIVE ET LA FORCE EXPANSIVE.

 

La ligne déplace le regard du spectateur : c’est une force progressive. La forme retient et dégage des informations : c’est une force expansive. Ces deux forces s’incarnent à merveille dans notre innocente bulle de bd :

J’avais bien dû voir passer des milliers de bulles sous mes yeux, sans jamais avoir réalisé ce qu’elle cachait… Et ce n’est pas tout ! Si ça marche avec une bulle de bd, est-ce que cela fonctionne avec une tête et un bras ?

 

Bingo ! Voilà un des points les plus importants en dessin, les lignes de notre image, comme ici un bras, vont attirer le regard vers les éléments importants. Celles contenant un message à partager, comme l’expression d’un visage.

C’est l’explication d’un principe fondamental en animation. Il consiste en anglais, en une phrase : « Feel the body, look at the face. » C’est à dire :

Ressentir le corps, regarder le visage.

 

Les lignes sont utilisées pour déplacer le regard jusqu’aux éléments (les formes) que l’on veut faire voir au lecteur. Les formes contiennent les informations, les lignes sont les routes qui y mènent.

D’ailleurs le terme même d’expansif veut à la fois dire « qui peut s’étendre » comme « communiquer ses sentiments ». Voilà que tout se rejoint, dans le vocabulaire même, on avait un indice caché de l’utilisation des formes. Les mots ne sont pas là au hasard, ils sont toujours pleins de sens.

Les forces progressives (lignes) et expansives (formes) sont responsables d’un tas de principes en dessin. Notamment le fait qu’une ligne devienne forme et une forme devienne ligne, croyez-moi, ce n’est pas anodin. C’est une capacité utilisée en permanence. D’ailleurs vous n’allez pas vous contenter de me croire sur parole puisqu’on va tout simplement voir cela en détail.