Combinez répétition et variation

On a vu dans le 1er chapitre que la différence était très utile pour dynamiser vos dessins, mais comme on le voit ici, la répétition est parfois nécessaire pour figer les choses. La différence comme la répétition sont nécessaires et se succèdent dans votre image.

Succession de répétitions et de variation

Vous souhaitez avoir la recette pour créer de la surprise ? Une suite monotone… Une suite monotone… Une suite monotone… BAM ! Une différence !

 

Un des rôle de la répétition est de donner beaucoup plus d’impact à la différence. Question de contraste. Le contraste étant la vision simultanée d’au moins deux éléments différents. Un concept qui a beaucoup d’utilisations pratiques puisqu’on jauge tout par contraste, que ce soit notre perception des couleurs, des évènements, la qualité d’une œuvre, d’un moment, un parfum, le temps même, tout.

De même en narration, si vous placez une explosion au milieu d’un enchainement d’actions répétitives et banales comme la préparation routinière d’un petit déjeuner. Vous pouvez être sûr que cela aura bien plus d’impact qu’une explosion parmi tout un tas de scènes plus spectaculaires les unes que les autres. Les scénaristes de gros blockbuster feraient bien de s’en souvenir…

Utilisation conjointe de la répétition et de la variation

Après la succession de répétition et de variation, place à l’utilisation conjointe des deux ! Il y avait quelques indices, disséminés dans chacun des exemples précédents. Peut-être les aviez-vous déjà remarqués ?

Regardez-les à nouveau, même si ce sont des brouillons, ils n’ont pas été faits au hasard. On peut utiliser la répétition et des compositions centrées, tout en amenant un élément qui va tout de même apporter de la différence. On garde ainsi l’apport de la répétition, mais sans figer à l’extrême. C’est comme un visage, les deux cotés semblent similaires pourtant, de petits détails viennent les différencier.

« Le désespéré » de Gustave Courbet, est l’exemple parfait pour montrer qu’il est possible de mettre son sujet au centre sans lui faire perdre toute vie pour autant, à condition d’introduire du déséquilibre ailleurs (ici les bras.) Malgré un visage vraiment face, cela n’enlève en rien le mouvement que dégage cette peinture. En général, quand on est désespéré, c’est souvent qu’on ne voit plus d’issue à sa propre situation, ce qui nous laisse figé dans notre émotion, malgré nos gesticulations. Cette ambivalence est parfaitement retranscrite par cette peinture !

Gustave Courbet (1819 – 1877) – Autoportrait dit « Le Désespéré » (1843-1845)

 

Il y a une infinie de façon d’associer la variation à la répétition. Un personnage un peu plus proche de nous qu’un autre ? Un personnage central mais l’élément sur lequel il se trouve est en biais ? Un personnage au centre d’une pièce complètement symétrique, mais un bordel de livres et objets divers apportent de la variation entre le coté gauche et droit ? Cela vous ferait de bons exercices pratiques !

On pourrait tout aussi bien jouer avec la lumière et les ombres pour apporter un motif et atténuer la symétrie de l’image. Ce qui nous amène à une nouvelle considération : le motif créé par les éléments de l’image va distordre la forme du cadre, donc la position visuelle du centre. Si bien que même si un élément est au centre, par illusion d’optique il ne nous paraîtra plus tout à fait au centre. Et oui, c’est plus complexe que ça en a l’air de centrer ou pas dans une image ! On en a l’exemple dans l’image suivante, ou le motif du sol et les nombreuses bestioles perturbent notre sens de l’espace, et donc, la position du centre.

Imaginez un soldat en plein milieu d’un champ de bataille. Sa position centrale nous permet d’être sûr de voir le soldat, malgré le désordre alentour. Histoire d’éviter à vos lecteurs de jouer à « où est Charlie ? » avec le sujet principal de votre image. Les formes présentes dans l’image assurent suffisamment de variation pour ne pas être gêné par la position centrale du personnage. À explorer !

Voici un dernier exemple pour la route. Le calme des vacances, allié aux activités dynamiques qui peut les caractériser. Une composition à même de figer ce sentiment d’amusement sans fin.

Répétition comme variation sont utiles dans une image. La répétition permet de se repérer dans du désordre, elle revient à intervalles réguliers pour nous servir de points d’ancrage, tout comme les paragraphes de ce texte assurent une répétition qui vous permet de vous y retrouver, malgré la variation des lettres.

Montrer trop de variations dans une image risque de perdre le spectacteur ! Il a besoin de la répétition pour l’ancrer, à moins que le but soit justement de le perdre. Tandis qu’à l’opposé, sans aucune différence, comment être stimulé ?


Peut être avez-vous déjà observé à quel point les règles ne sont pas toujours respectées dans les œuvres d’artistes ?

On entend à chaque fois qu’il faut connaître les règles pour savoir ensuite les briser. Alors c’est gentil on a déjà tous entendu ça mais CONCRÈTEMENT comment fait-on pour les briser et comment sait-on quand le faire ?

Dire que pour trouver autant de choses, nous sommes parti d’une simple règle de centrer ou non le sujet de son dessin. Il est là l’avantage des fondamentaux sur les règles. Tout est affaire d’intention !

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Centrer le sujet de votre image permet de le figer sur place, laissant plus d’importance à l’émotion, qu’à l’action.
  • Parfois il faut atténuer les différences d’un personnage, pour qu’il passe inaperçu.
  • Si vous amenez de la symétrie dans la gestuelle de votre personne, il paraîtra manquer de vitalité.
  • Combiner répétition et variation permet de créer des images avec plus de contraste, donc plus intéressantes.
 

Place à l’action !

À votre tour, tentez de placer au centre le sujet de votre image. Ne vous embêtez pas à rajouter des détails pour l’instant, un simple brouillon est suffisant. L’important est de trouver une histoire, une intention pour justifier votre utilisation du centrage de votre personnage. Vous pouvez utiliser une croix pour indiquer le centre de votre image, elle vous permettra de mieux l’identifier et de voir comment les éléments de votre dessin s’articulent autour du lui.

N’oubliez pas d’apporter de la différence avec les éléments du décor, afin que votre image soit tout de même intéressante pour votre lecteur !