Comment utiliser la différence dans vos dessins ?

Nous avons vu ensemble comment la variation apportait de la vie à vos images ainsi que les mécanismes derrières ce principe. Maintenant, il faut appliquer !

En character design

Vous rappelez-vous les variations apportées à de simples écarts ? Elles servent pour affiner les proportions de vos personnages et rendre ainsi leur design moins linéaire, plus atypique et donc plus attractif. La variation va guider le regard du spectateur, de manière à mettre en valeur différentes intentions comme un personnage élancé, ou avec un ventre tombant, etc. Constatez-le à la figure suivante ! Le même principe s’applique au dessin de portrait et à la caricature.

 

En composition d’image

L’avantage de connaître les fondamentaux du dessin, c’est qu’on se rend compte que des disciplines d’apparence éloignée ont bien plus de points communs qu’on ne le pensait. Par exemple, il en va de même en design de personnage qu’en composition. En variant les tailles et les formes des vides d’une composition, on obtient tout de suite une image plus agréable. Voilà la solution à bon nombre de compositions statiques.

De même avec une image un peu plus illustrée :

Vous pouvez également vérifier les écarts entre les différents éléments de votre dessin, afin d’éviter les écarts trop réguliers. Uniformiser les proportions est un réflexe qu’on a tous, d’où l’importance lors de la conception de votre image de penser à mettre de la différence.

 

Dégradés et ombres

On se sert aussi du principe de la différence pour faire des ombres et des dégradés. Qu’ils soient faits en traditionnel, ou en numérique avec Photoshop, pour avoir une image plus vivante, évitez les dégradés linéaires tels que la première sphère sur l’image suivante. Autant de clair que de sombre, c’est mou, il n’y a pas de choix, pas de parti pris. Mieux vaut prendre le choix d’avoir plus de nuances claires et d’aller directement vers le sombre (2e sphère) ou d’avoir moins de clair et de sombre, mais plus de couleur médiane (3e sphère), par exemple.

 

 

Contraste et perspective

On le retrouvera dans la partie sur la théorie. C’est aussi le principe de la différence qui est lié au contraste et à la perspective. Par exemple, en traitant différemment les différents plans d’une image. Avec l’arrière-plan d’un paysage plus bleuté et diffu que l’avant-plan, moins de contraste à l’arrière plan que devant, ou même l’inverse. Au lieu d’une exécution linéaire pour chacun des plans, s’il y a de la différence entre eux, les plans seront interprétés comme se rapportant à différentes distances. Ainsi l’œil naviguera d’une différence à l’autre, voyageant dans la profondeur de votre image.

 

En animation ou en illustration, pour le posing de personnage

Lorsque je travaillais sur la série d’animation « Minuscule », j’utilisais ce principe pour amener le regard là où il le fallait. Comment ? Tout simplement grâce aux pattes des mouches. Comme il n’y avait pas beaucoup d’éléments avec lesquels jouer sur des personnages aussi simples, il fallait être malin pour réussir malgré tout à leur donner vie. De simplement jouer sur la disposition des pattes permettait d’amener plus d’intérêt à l’image et surtout plus de lisibilité ! Vous pouvez le constater à la figure suivante. Car la mouche encore c’est facile, six pattes… imaginez avec l’araignée et ses huit pattes !

On a ici un exemple très subtil à voir mais la différence est pourtant là. Ne pensez pas que cela est du chipotage dans vos dessins. Il en va de même qu’un musicien avec le son, ou un nez qui a développé son odorat pour confectionner des parfums, ici c’est votre œil que vous devez aiguiser. Savoir distinguer d’infimes nuances, c’est ce qui fait la différence ! Une autre utilisation peut être dans le placement de plusieurs personnages côte à côte. Il vaut mieux éviter les espacements répétitifs si l’on veut une composition intéressante.

 

En architecture et décoration d’intérieure

Là aussi on peut appliquer ce principe. Même s’il n’y a pas de cadre visible comme au cinéma ou en bande dessiné, il n’empêche que cela reste une image, vue par nos yeux. Donc rebelote, on peut jouer des différences pour donner de l’intérêt ou au contraire calmer les choses en disposant les éléments de manière similaire et plus répétitive.

Car il ne faut pas oublier que tout dépend de l’effet que vous voulez obtenir. C’est l’avantage de connaître les principes sous-jacents aux règles et de ne pas se contenter de « tu dois faire ci et pas ça ». Là, au moins, vous pouvez utiliser ce que vous voulez, au moment où vous le souhaitez, de manière à ce que cela réponde au mieux à vos besoins. Total contrôle !

 

En design d’objet

On ne s’en rend pas toujours compte, mais chaque objet a été pensé et dessiné avant de se retrouver en face de nous. Même si leurs proportions passent plus inaperçues qu’un design de personnage, amusez-vous à les observer comme s’il s’agissait de personnages, vous serez surpris !

 

 

En narration visuelle

Un exemple très simple d’une des utilisations possibles de la notion de différenciation en narration visuelle. Des trois situations, les deux dernières sont plus intéressantes car le dessin raconte vraiment quelque chose. D’un coté on a un grand gaillard qui a peur d’un tout petit, alors que dans le dernier, un gros bonhomme en profite pour tourmenter un tout petit qui, heureusement, possède de longues jambes pour déguerpir. Le premier exemple est lui plus basique, même s’il est à noter qu’un personnage un peu gros et un autre tout fin contribue déjà à rajouter de l’intérêt au dessin, davantage que si deux personnages de même physionomie avaient été utilisés.

 

 

Pour l’écriture de scénario, le story-telling comme on dit ;)

Il y bien d’autres utilisations de cette notion, dans de nombreux domaines. Je tenais à évoquer ici le cas de l’écriture de scénario, car elle a des liens forts avec le dessin, que ce soit en bande dessinée, ou encore dans les films d’animation.

Dans un scénario, ce sont les différences entre les situations et les moments de l’histoire qui créent un fil directif, progressif qui entraîne le lecteur dans votre histoire. D’événement en événement, de différence en différence, amenant ainsi de l’intérêt, de la vie, à votre histoire. C’est l’évolution des situations qui permet à l’histoire d’avancer. Sinon on stagnerait, créant des histoires monotones, c’est-à-dire, si l’on suit son étymologie : qui est sur un seul ton, qui n’est pas varié dans ses intonations ni ses inflexions. Comme quoi, même dans le vocabulaire on trouve des indices du principe dont je vous parle : La différence amène un mouvement qui lui amène la vie.

Dites-vous bien que ce n’est qu’un petit aperçu de toutes les utilisations de la notion de différence. À force de pratique, vous en découvrirez d’autres, de manière bien subtile parfois, ou alors vous découvrirez qu’une des utilisations que vous pensiez connaître, comporte en fait plus de niveaux d’utilisations que vous ne l’auriez pensé. Bien qu’il soit d’une apparence très simple, vous pouvez voir que ce principe de variation est plein de ressources. Encore heureux, cela permet au fur et à mesure de ses progrès d’aller de découvertes en découvertes, et de ne jamais s’ennuyer !


Maintenant, j’espère que vous comprenez mieux l’un des principes les plus utiles en dessin, et surtout à quel point il est important d’aller chercher ce qui se cache derrière les règles qu’on nous propose. Il n’y a pas vraiment de règles efficaces en dessin, seulement des principes ontologiques. Une règle est une vision réductrice d’un principe sous-jacent qui, lui, comporte une plus grande richesse d’utilisation.

 

 

Qu’avez-vous appris dans ce chapitre ?
  • Pensez à varier les tailles, les formes et les espaces pour apporter de la richesse à votre image.
  • Utilisez la différence si vous souhaitez attirer le regard du spectateur.
  • C’est par les différences que vous stimulez le regard du spectateur et donc, que vous amenez de la vie dans votre image.

 

Place à l’action !

À votre tour d’expérimenter ce principe de la différence. Réunissez quelques photos de votre animal préféré, puis en vous inspirant des exemples précédents, réalisez un dessin composé de formes très simples : triangles, carrés, cercles. Jouez alors de leurs proportions pour proposer différents personnages, aux caractères bien affirmés !