De simple à complexe

O n ne se rend pas compte à quel point le dessin est plus simple qu’on ne le pense, et bien plus complexe également. À ne pas confondre avec la vision simpliste et compliquée qu’on peut en avoir lorsque nous commençons à apprendre.

Pour que vous compreniez bien ces notions, organisons un petit clash étymologique entre :


« De simple à complexe » VS « simpliste et compliqué » !

Quelque chose de simple, c’est quelque chose formé d’un seul élément. Son étymologie le ramène au latin simplex, composé de « semel » et « plico ». « Semel » veut dire « semblable », qui lui même vient de l’indo-européen « sḗm », qui veut dire « un ». « Plico » veut dire « tresser », « plier », « enrouler ». Tresser le semblable, voilà à l’origine ce que veut dire le simple.

À partir de là, on peut imaginer le dessin comme un pull. Oui, ne rigolez pas, vous allez comprendre ! Lorsque nous prenons du recul vis-à-vis d’un dessin, on aperçoit un ensemble, un pull. Lorsque nous nous en approchons, on se rend compte que ce « un » est composé d’une multitude de fils entremêlés les uns aux autres. En une composition complexe dont on ne soupçonnait pas l’existence au début. Nous voilà avançant du simple au complexe, suivant un chemin qui se dessine au fur et à mesure de nos progrès.

L’adjectif « simpliste » désigne, lui, une vision imprécise des choses, car ne prenant pas en compte la complexité sous-jacente d’une situation, ou encore d’un dessin. On peut imaginer avoir dans les mains une carte au trésor pliée en dix. La vision simpliste, c’est ne tenir compte que de la seule face visible alors qu’en dépliant la carte, on se rend compte des trésors qui restent à découvrir !

 


 

Avoir une représentation compliquée des choses, c’est exactement le contraire de la vision qui va du simple au complexe. Si l’on reprend l’image du pull, la vision compliquée, c’est d’être nez à nez avec un nombre incalculable de fils qui s’entremêlent de différentes façons, avec des fils de couleurs et de différentes tailles. De cet enchevêtrement, on ne se doute pas que les fils sont là pour composer un pull. Il nous manque le recul pour voir le dessin d’ensemble et se rendre compte qu’il s’agit d’un seul objet, unique, simple, mais complexe en même temps.

Donc, si je résume : un dessin est à la fois simple, car cohérent, uni en une seule intention, et complexe, car composé de nombreux éléments, qui s’harmonisent pour former un tout.

Il faut rester attentif à ne pas tomber dans le simplisme, qui consisterait à ne pas tenir compte de tous les éléments qui composent le dessin, ni dans le compliqué, qui consisterait à ne tenir compte que des détails, en oubliant de prendre du recul pour envisager le dessin global.

Cette précision est très importante dans l’apprentissage du dessin, elle vous permettra de ne pas tomber dans de nombreux pièges qui vous feraient perdre un temps fou. Les « how to draw » sont par exemple le résultat d’une vision simpliste du dessin. Et dans la nature rien n’est compliqué, tout est simple et complexe. Tout le monde suit ?

 

Gardez cela en tête, vous allez voir que cela va éclairer votre approche du dessin d’une nouvelle manière. Vous allez découvrir dans la suite des principes simples avec de nombreuses applications pratiques. Commencer de zéro, du simple, va nous permettre de découvrir toute cette richesse.

Ou alors, faites comme tout le monde : partez du compliqué, n’y comprenez rien, et dégagez-en une vision simpliste qui vous rassure !

 

Une dernière chose : vous ne voyez pas l’intérêt de ce que je vous dis sur le simple et complexe ? C’est normal. Ce n’est qu’avec la pratique que vous pourrez vous dire si cette vision des choses vous est pertinente. Donc pratiquez, pratiquez, pratiquez !

En fait, je dirais qu’apprendre quelque chose ne fonctionne pas comme on nous l’enseigne à l’école. On mémorise une notion, et hop, c’est comme cela que ça fonctionne, vous avez une bonne note, bam, fin de l’histoire. De ce que j’ai expérimenté, je dirais qu’on engrange des savoirs, que l’on considère parfois sans importance, pour des années (de pratique) plus tard, se rendre compte à quel point ils sont utiles !

En débutant le dessin, on perd souvent beaucoup de temps. On copie l’extérieur, le résultat visible, le paraître. On cherche à faire un « beau » dessin alors que pour savoir dessiner, il faut connaitre le cheminement intérieur qui a amené à ce dessin, les principes fondamentaux, et chercher à faire un dessin « juste ». C’est ce que je souhaite vous apporter avec ce cours.